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Projet de doctorat (Département de géographie- Université Laval)- Hiver 2009

BORIS MERICSKAY Sous la direction de S. Roche, G. Mercier et T. Joliveau ANALYSE DU PROCESSUS DE DEMOCRATISATION DE LA GEOMATIQUE Le développement du Géoweb 2.0 et ses impacts sur la gestion territoriale participative Projet de recherche de doctorat (GGR-66123) présenté au département de Géographie de l’Université Laval dans le cadre du programme de doctorat en géographie DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE FACULTE DE FORESTERIE ET GEOMATIQUE UNIVERSITE LAVAL QUEBEC HIVER 2009 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Table des matières Introduction ................................................................................................................................3 1. 2. 3. Objet d’étude, cadre théorique et champs de recherche............................................................ 4 Territoire et période d’analyse ..................................................................................................... 6 Mise en contexte et intérêts de la recherche ................................................................................ 6 3.1 3.2 3.2.1 3.2.2 3.2.3 L’évolution des sociétés sur le plan de la participation ........................................................... 6 Le Géoweb comme moteur de démocratisation de la géomatique .......................................... 8 Technologies géospatiales et services cartographiques en ligne ................................................... 9 Pratiques spatiales et logiques de production du Géoweb participatif ........................................ 10 Information géographique du Geoweb........................................................................................ 13 3.3 3.4 3.5 4. 4.1 4.1.1 4.1.2 4.1.3 De nouvelles formes de cartographie en ligne....................................................................... 15 Cartographie en ligne nouvelle génération, collectivités et politique.................................... 17 Pourquoi cette recherche ?..................................................................................................... 19 Fondements scientifiques et approches adoptées .................................................................. 20 Territoire, participation et géomatique ........................................................................................ 20 Interactionnisme social, diffusion et adoption des technologies géospatiales............................. 22 Géomatique territoriale et géomatique sociétale ......................................................................... 23 Problématiques ............................................................................................................................ 20 4.2 4.2.1 4.2.2 Enoncé du problème .............................................................................................................. 25 Question générale de recherche .................................................................................................. 27 Questions secondaires de recherche ............................................................................................ 27 4.3 5. 5.1 5.2 5.3 6. 6.1 6.1.1 6.1.2 Revue de littérature et principaux concepts........................................................................... 27 Objectifs scientifiques ........................................................................................................... 29 Objectifs opérationnels .......................................................................................................... 29 Hypothèses de travail exploratoire ........................................................................................ 30 Phase exploratoire (approche inductive) ............................................................................... 30 Grounded Theory, la production de la théorie à partir des données ............................................ 31 Outils mobilisés et recherche préliminaire .................................................................................. 32 Objectifs et hypothèses ................................................................................................................ 29 Méthodologie................................................................................................................................ 30 6.2 6.2.1 6.2.2 6.2.3 Phase opérationnelle .............................................................................................................. 33 Objectifs de l’approche ............................................................................................................... 33 Outils mobilisés 34 Dimension prescriptive et opérationnelle.................................................................................... 34 7. 8. 9. Bibliographie................................................................................................................................ 35 Planning prévisionnel .................................................................................................................. 42 Comité de direction ..................................................................................................................... 42 2 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Introduction La cartographie en ligne et les services de géolocalisation d’objets, de services, d’activités ou même d’idées, ont pris une importance considérable dans les pratiques quotidiennes des internautes et des citoyens en général. La convergence du web, des technologies géospatiales et de l’information géographique se définit sous le terme de Géospatial Web ou de Géoweb. Ce dernier a pris depuis deux ans une dimension participative en suivant le développement du Web 2.01. On parle pour caractériser ce phénomène de Geoweb 2.0 (Maguire, 2007), Maps 2.0 (Crampton, 2009), Web-Mapping 2.0 (Haklay et al., 2008), géomatique 2.0 (Joliveau, 2008a) ou encore de neogeography (Turner, 2006). Au-delà de la terminologie, le Géoweb participatif se positionne comme un nouvel environnement dynamique et interactif de consultation, de gestion, de création et de diffusion d’information géographique en ligne. Il offre à des types de publics variés, les moyens de superposer aux cartes géographiques traditionnelles, des informations et des services, améliorant ainsi substantiellement la valeur ajoutée des cartes. Dans le même temps, l’ancrage géographique des informations présentes sur le Web se généralise à toutes sortes de contenus (articles, photos, flux, etc.). En quelques chiffres, le site de partage de photos Flickr reçoit plus d’un million de nouvelles photos géotaguées chaque jour venants s’ajouter aux cent millions déjà existantes. Autre exemple, le logiciel Google Earth a généré plus de cinq cent millions de téléchargements depuis son lancement en 20052. Le Géoweb 2.0 illustre bien le visage actuel du Web, lequel se caractérise par des évolutions technologiques majeures (capacité de stockage, débit des réseaux, simplification des interfaces, etc.) et surtout une révolution des usages. D’un côté les technologies et les pratiques spatiales convergent et se combinent dans une perspective de complémentarité. De l’autre, les usages du Web évoluent vers des formes plus matures de socialisation selon des logiques de type réseaux ouverts - Openness, mise en commun - peering, partage - sharing et action globale - acting globally (Tapscott et Williams, 2007). Cette nouvelle forme de cartographie en ligne où l’interactivité est aussi importante que le contenu permet à un spectre plus large d’utilisateurs de lire mais surtout d’écrire la carte. Les contenus désormais disponibles constituent de nouveaux types d’informations géographiques ancrés dans de nouvelles logiques et usages. Ils prennent le titre de VGI (Volunteered Geographic Information) ou UGGC (User-Generated Geographic Content) et bouleversent le visage de l’industrie du géospatial et plus globalement de la géomatique. Comme nous le développerons au long de ce projet, les impacts potentiels de ce phénomène sont considérables et multiples, ils concernent autant les professionnels de l’information géographique, que l’industrie du géospatial ; les collectivités territoriales, les aménageurs et les internautes également citoyens. 1 2 Terme créer en 2003 par Dale Dougherty, cofondateur de la société d'édition O'Reilly Media pour désigner le renouveau de l’Internet. Selon le blog http://www.gpsbusinessnews.com/Google-Earth-over-500-million-downloads_a1307.html 3 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 1. Objet d’étude, cadre théorique et champs de recherche Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’une réflexion sur la démocratisation de la géomatique et plus spécifiquement sur des problématiques liées aux usages et aux contenus des nouvelles formes d’informations géographiques numériques en ligne. On entend par démocratisation, le processus où l’accès à la géomatique est facilité par de nouvelles technologies et de nouveaux moyens de diffusion auprès du grand public. Au-delà de la seule dimension technique, les technologies géospatiales sont ici envisagées comme des constructions sociales et organisationnelles se développant en interaction avec le contexte societal. Les questions de recherche portent donc à la fois sur comment se diffusent les technologies géospatiales liées au Géoweb, quels sont leurs usages, qui sont les adoptants, et quels sont les impacts de leurs adoptions à travers les changements opérés dans la pratique. Objet d’étude : Il consiste à analyser le processus de démocratisation de la géomatique selon une perspective socio-géographique, dans le contexte de développement du Web 2.0 et de la planification territoriale participative. Cette recherche s’attache à cerner les modalités de développement, de diffusion et d’utilisation de la géomatique grand public ainsi que des nouvelles formes de représentations spatiales générées dans un contexte de développement de la participation en ligne. Par ricochet, la recherche cherche à vérifier en quoi les relations entre les organismes en charge de la gestion territoriale et les citoyens peuvent évoluer sur le plan de la participation dans les processus d’aménagement du territoire par le biais de la cartographie en ligne participative. Cadre théorique : La recherche s’appuie sur les concepts de la géographie humaine contemporaine et plus spécifiquement de la géographie sociale. Nous considérons que « de par les outils dont elle dispose maintenant et par les mise en garde qu’elle est susceptible d’envisager, la géographie apparaît ainsi comme une science sociale, utile en tant que telle » (Wackermann, 2000). Cette géographie a comme ambition de comprendre et d’expliquer les relations entre l’espace et les sociétés. Elle s’intéresse aux rapports qu’entretiennent les individus et les groupes sociaux avec les espaces qu’ils pratiquent, transforment, aménagent et à propos desquels ils se construisent des images et des représentations. Pour ce faire, la géographie sociale mobilise le concept de territoire. Nous voyons au travers du territoire la fusion du spatial et du social (socialisation de l’espace). Le territoire correspond à un espace approprié, avec sentiment ou conscience de son appropriation. La notion de territoire est à la fois politique, juridique, sociale, culturelle et même affective. Le territoire tient à la « projection » sur un espace donné des structures spécifiques d’un groupe humain qui incluent le mode de découpage et de gestion de l’espace, l’aménagement de cet espace (Brunet, 1994). 4 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Selon cette perspective, le territoire devient un outil possible pour modifier les rapports sociaux entre habitants, professionnels de l’aménagement, élus et chercheurs (Fournier, 2007). La spécificité de cette recherche repose sur la volonté de lier ces problématiques géographiques contemporaines aux sciences de l’information géographique en abordant les dimensions sociale et organisationnelle de la géomatique. Le positionnement adopté se place selon la perspective de l’interactionnisme social (Campbell, 1997). Les technologies géospatiales ne sont pas envisagées comme de simples outils mais plutôt considérées comme des objets d’étude dans leurs interactions avec les usagers, les données et les sociétés (Roche, 2001 ; Chrisman, 2004). Ces questions sur les rapports réciproques entre les technologies géospatiales et les sociétés se placent comme des réponses aux critiques des systèmes d’information géographique (SIG) qui sont apparues dans les années 1990. Ce mouvement (critical GIS) qui se penche sur les implications sociales des SIG (Pickles, 1995 ; Wright et alii, 1997 ; Longley et alii, 1999) entraîna la création d’une communauté scientifique ad hoc qui su faire évoluer la vision des SIG en remettant en cause la perspective du déterminisme technologique. Les problématiques abordées tournent autour de la question des implications et des conséquences de la technologie sur la société en évitant les approches à sens unique. Les entrées choisies sont sociologiques, cognitives et organisationnelles. Nous nous inscrivons à la suite de ces démarches, mais souhaitons dépasser les questions soulevées par la thématique SIG et Société en intégrant à cette réflexion le concept de territoire qui sous-entend à la fois la dimension aménagement (prise de décision), la dimension politique (logiques d’acteurs, place des citoyens) et la dimension sociale (appropriation, représentations). Plus globalement la réflexion à comme ambition de lier le développement du Géoweb participatif à des problématiques géographiques en prenant en compte à la fois le contexte technique mais aussi social. Le cadre intégrateur choisi se place dans une perspective socio-géographique (Joliveau, 2005 ; Aysegul et Roche, 2008) en lien avec ceux déjà existants comme ceux des PPGIS3 qui représente le courant de réflexion le plus dynamique (Jankowski et Nyerges, 2001 ; Craig et alii, 2002 ; Elwood, 2007a, Sieber, 2007) ou celui des relations entre représentations spatiales et prise de décision territoriale (Debarbieux et Vanier, 2002 ; Debarbieux et Lardon, 20003). Domaine et champs de recherche : Cette recherche pluridisciplinaire s’inscrit à la fois dans le domaine de la géographie humaine, avec comme champs de recherche principaux, la géographie sociale et l’aménagement du territoire. Elle se positionne également au sein du domaine des sciences de l’information géographique (GIScience) où la géomatique peut être abordée selon une perspective organisationnelle, sociale et cognitive. 3 Public Participation GIS, correspond aux SIG dit « participatifs » qui incluent les citoyens dans les processus de prise de décision. Les PPGIS datent du début des années 1990, ils sont basés sur des logiques de production type bottom-up. 5 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 2. Territoire et période d’analyse Du fait du caractère exploratoire de la recherche dans sa première phase, il n’y a pas pour le moment de véritable terrain défini. Dans la deuxième phase de la recherche, le terrain se matérialisera sous la forme d’études de cas auprès d’initiatives locales voire potentiellement de collectivités locales développant ou ayant la volonté de développer des projets liés au Géoweb participatif. 3. Mise en contexte et intérêts de la recherche 3.1 L’évolution des sociétés sur le plan de la participation Au sein des sociétés contemporaines, le citoyen n’est plus simple usager de son territoire, il en est aussi acteur de diverses manières, comme le vote, le paiement des impôts ou encore la participation aux débats publics (Gumuchian et al., 2003). De l’information à la collaboration en passant par la concertation (Arstein, 1969), on retrouve divers degrés d’implication et de participation publique. Depuis une dizaine d’années, les cadres réglementaires concernant la participation des citoyens dans la vie politique locale évoluent. Les citoyens sont désormais théoriquement plus impliqués dans la prise de décision concernant la gestion et la planification de leurs territoires. Avec les problématiques environnementales croissantes, et l’apparition du concept de développement durable, l’implication des citoyens dans la prise de décision collective aussi appelée démocratie participative est mise en avant comme base politique pour une meilleure gouvernance locale. Dans ce contexte de demande sociétale de transparence, de participation et d’accès à l’information (Cunha et Dao, 2005), des textes législatifs voient le jour au niveau international, national et local. La participation et l’implication des citoyens s’institutionnalisent quant à l’accès à l’information géographique il est de plus en plus soumit à diverses obligations légales. On peut par exemple citer la Convention d’Aarhus (1999) ou les principes de la Déclaration de Rio (1992) pour ce qui concerne le volet international de la participation. Dans ces deux textes la dimension information géographique (création, diffusion et accès) fait partie intégrante des nouveaux enjeux de ces politiques à grande échelle. Au niveau national et local, plusieurs textes législatifs ont marqué la naissance puis l’évolution de la participation au débat public. En France, le rapport sur les modalités d’appréciation de l’utilité publique des grands aménagements et des équipements (1999) redéfinit la place de l'utilité publique et l'appréciation de l'intérêt général en préconisant information et concertation avec le public non seulement en amont mais tout au long du processus de décision. Autre exemple, celui de la loi française sur la démocratie de proximité (2002) qui rend obligatoire pour les communes de plus de 80 000 habitants la mise en place de conseils de quartier. Avec l’adoption de la Charte de l’Environnement en 2005, la France a fait de l’information et de la participation des citoyens à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement un droit 6 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 constitutionnel. Il en est de même au Québec où la participation publique est reconnue dans la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU) et se généralise avec une évolution des politiques et des pratiques de consultation urbaine à l’image des comités de quartiers ou des consultations publiques. Cette institutionnalisation de la participation publique dans le cadre de la gestion et de la planification territoriale (Guay, 2008) contraint les collectivités à se mettre en adéquation avec le cadre réglementaire. Elles doivent modifier et adapter leurs politiques d’accès et de diffusion d’information géographique et dans le même temps proposer de nouveaux outils et des dispositifs de participation publique. Sur le plan sociétal, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) pénètrent davantage dans la vie quotidienne des citoyens. Elles transforment la manière d’habiter, de se déplacer, de pratiquer et même de participer à la vie des territoires. Le concept de Web 2.0 ou de Web participatif représente une avancée dans l'utilisation des NTIC. Pour simplifier, le Web traditionnel (1.0) se positionnait comme un média de consultation où l’utilisateur était simple consommateur d’informations. Avec la vague d’innovations techniques (maturité des systèmes de gestion des contenus, solutions Open Sources) et le développement d’usage des technologies participatives, le Web 2.0 devient une plate-forme d’échange collective où les utilisateurs deviennent acteurs du réseau. La vulgarisation des usages en matière de blogs, wikis ou cartographie est aussi un facteur clé dans l’apprentissage de l’internaute et sa transformation en producteur de contenu. Les internautes ne se contentent plus de lire des pages Web, ils donnent leurs avis, apportent des savoirs, publient des photos, des vidéos et géolocalisent de multiples informations. Ils interagissent avec le contenu, en créent une partie, l’organisent, l’indexent et le combinent avec des créations personnelles. Cette participation au sein du Web 2.0 prend diverses formes et se caractérise par différents niveaux d’implication (information, consultation, contribution ou encore collaboration). Mais les utilisateurs ne se limitent pas à la création de contenus, certains développent des applications en ligne, des utilitaires et des logiciels. Le Web 2.0 est en évolution permanente tant sur le plan des contenus que des technologies. Figure 1 : Niveau de participation sur le Web 4 4 Echelle adaptée selon celles d’Arstein (1969) et de l’OCDE (2001) 7 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Pour comprendre le Web 2.0, il convient d’en définir les niveaux de fonctionnement collectif (Joliveau, 2008a). L’autonomie représente le premier niveau, chacun contribue individuellement mais sans but commun (Flickr, YouTube). La mise en réseau où les divers échanges et contributions se structurent en liens ouverts (réseaux sociaux comme Myspace ou Facebook) constitue un deuxième niveau. La coordination où chacun contribue individuellement mais avec un but commun et une certaine coordination (les wikis) constitue un dernier niveau. Plus globalement, on peut associer au Web 2.0, l’émergence d’une intelligence collective par accumulation et création de liens et de savoirs. Certains parlent de philosophie 2.0 (Leiba, 2007), mais derrières ces nouvelles tendances se trame un changement sociétal profond, technologique et participatif (Maillet, 2006). Au niveau local, le Web 2.0 est de plus en plus utilisé comme un outil de participation citoyenne qui réinterroge la notion de démocratie participative (Ogez, 2008). Les gestionnaires des territoires sont bien conscients des évolutions rapides des pratiques et des besoins de leurs administrés en termes de NTIC. En général très orientées vers l’information, les sites institutionnels deviennent de plus en plus participatifs. Les nouveaux instruments de communications citoyennes s’appuyant sur les technologies participatives prennent la forme de blogs citoyens ou de wikis territoriaux. Ils concernent des thématiques diverses comme les conseils de quartiers, le co-voiturage, l’identité culturelle ou encore les transports en communs (Bariltault, 2007). Les nouveaux usages de ces technologies génèrent de nouveaux espaces participatifs se caractérisant par un dialogue entre utilisateurs, une mise en avant des auteurs, une grande accessibilité et des ergonomies nouvelles. Des néologismes comme territoire 2.0 (Guillaud, 2008), villes 2.0 ou collectivités 2.05 se plaçant dans la continuité de l’idée d’e-gouvernement font leur apparition. Ils rénovent le concept de gouvernance territoriale en offrant de nouveaux outils et de nouvelles méthodes pour la mobilisation des citoyens (Belkhbiri, 2007). 3.2 Le Géoweb comme moteur de démocratisation de la géomatique La carte et plus globalement la géolocalisation sont devenues omniprésentes sur le Web. L’association de la carte aux location-based-services (LBS) a entraîné le développement de nombreux services cartographiques en ligne permettant des recherches localisées axées sur le local. L’exemple le plus significatif est celui de Google Maps qui propose de nombreuses possibilités aux usagers (recherche de services locaux, calculs d’itinéraires, affichage de divers contenus, visualisation multiples). Mais cela ne se limite pas à la simple consultation d’informations géographiques, les utilisateurs ont désormais la possibilité de cartographier le (leur) monde en créant leurs propres cartes et leurs propres contenus géolocalisés avec des outils plus accessibles et conviviaux. Cette nouvelle forme de cartographie en ligne que l’on peut qualifier de néogéographie (Turner, 2006) bouleverse les pratiques cartographiques sur Internet. La cartographie en ligne connaît un fort succès auprès des 5 Ces deux termes sont issus de différents projets liés au programme « Villes 2.0 » initié en 2006 par la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING) dont les thèmes de réflexion portent sur l’avenir des villes et des technologies. 8 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 internautes, elle se caractérise par un univers technique spécifique, des logiques de production renouvelées et de nouveaux types de contenus géolocalisés. Cette nouvelle approche de l’information géographique se place dans un contexte de partage, de participation collective, de contribution volontaire et plus globalement de nouvelles formes d’intelligences (collective, spatiale et territoriale). Le développement de la société de l’information géographique (Roche, 2004), permet à la géomatique de s’offrir au grand public par l’intermédiaire du Géoweb comme support de diffusion et par le biais de la cartographie en ligne grand public (cartographie personnelle, LBS, services hyper-locaux) comme instrumentation. La géomatique qui depuis ses débuts était réservée aux professionnels, devient plus accessible et compréhensible par le grand public. Elle se démocratise et s’insère dans la société par le biais de nouvelles pratiques spatiales. 3.2.1 Technologies géospatiales et services cartographiques en ligne En l’espace de cinq ans, la cartographie en ligne (Web-Mapping) a complètement changé de visage, d’un point de vue fonctionnel mais aussi thématique. Grâce au développement de nouvelles techniques, les internautes disposent d’outils plus ergonomiques et simplifiés pour consulter, créer, gérer et diffuser de l’information géographique en ligne. Les API6 cartographiques constituent les « référentiels » du Géoweb, il s’agit d’applications cartographiques ouvertes et libres d’utilisation qui se sont imposées comme les supports privilégiées au développement du Géoweb. Les API permettent la visualisation des réseaux routiers, d’images satellitaires, des courbes de niveaux ou encore de nouveaux types de visualisations comme les services photos réalistes types Google Street View ou BirdEye (vue obliques) de Microsoft. Elles fournissent également des utilitaires pour la manipulation et l’ajout de divers contenus à la carte (photos, liens, avis). L’API la plus utilisée est celle de Google Maps : elle est présente sur plus de 150 000 sites et blogs7. Son succès est surtout lié à une interface permettant un affichage fluide des images raster et une grande réactivité des outils de zoom et de déplacement. L’hégémonie de Google dans le monde du Géoweb s’explique aussi par l’apparition permanente de nouveaux services et fonctionnalités. Néanmoins, de plus en plus de services cartographiques en lignes proposent leur propre API (Yahoo Maps, Live Search Maps, Map24 et même le Géoportail de l’IGN). Les mashups ou « applications composites » cartographiques représentent un niveau technique plus avancé. Il s’agit d’applications qui consistent à agréger du contenu provenant de diverses sources sur une interface cartographique provenant d’un service externe. Les mashups cartographiques ont littéralement explosés sur le Web, on en trouve des milliers qui permettent de visualiser sur une carte diverses informations. Il peut s’agir du trafic routier ou aérien en temps réel, de petites annonces (logements, emplois), de photos de vacances ou encore de dépêches d’agences de presses. D’autres 6 7 Application Programming Interface, les codes de programmation sont mis à disposition du public Selon le blog http://maps-forum-announcements.blogspot.com/ 9 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 technologies se développent comme Geostack pour constituer des bases de données en ligne de manière coopérative ou les mapplets qui permettent d’améliorer les cartes Google Maps en y ajoutant du contenu par le biais de création de fonctionnalités et de couches d’informations à la manière d’un SIG classique. Les formats de fichier d’informations géographiques évoluent aussi. On parle aujourd’hui de GPX, KML, KMZ ou GeoRSS pour désigner les nouveaux standards. De multiples utilitaires en ligne permettent l’interopérabilité (par la conversion) entre ces nouveaux formats, les formats GPS et les formats SIG plus conventionnels. L’offre de néogéographie se matérialise aussi par une multitude de services interactifs et dynamiques offrant une boîte à outils en ligne très fournies. La fonctionnalité My Maps de Google par exemple, permet de créer des cartes personnalisées en ajoutant du contenu et de les partager. Depuis son lancement en avril 2008, plus de dix millions de cartes personnelles ont étaient crées8. Le service offre des possibilités de collaboration où la réalisation de la carte repose sur un système de gestion du contenu où n’importe quel autre usager peut venir modifier et enrichir la carte. On peut aussi citer des applications comme ZeeMaps, Platial, UMapper, MapLib ou Geocommons en ce qui concerne les outils de cartographie en ligne. A partir de ces services en ligne, les utilisateurs peuvent créer de l’information géographique (point, ligne, aire), importer des données géolocalisées, ajouter des contenus (photos, liens), partager leur carte sur leur blog, les diffuser et même les exporter sous divers formats. D’autres services comme Navx ou Listphile permettent de gérer en ligne des bases de données géolocalisées sous la forme de bibliothèques de POI (points d’intérêts). D’autres services comme Mapstraction, Mapufacture et Map Channel offrent la possibilité de combiner diverses API cartographiques ainsi que plusieurs types de visualisations (photo-réaliste, trois dimensions, vues obliques). Avec ces nouvelles techniques, on assiste au développement de la cartographie personnelle, une cartographie faite par et pour le grand public. Mais le développement du Geoweb ne se limite pas simplement a de nouvelles technologies géospatiales, les nouvelles potentialités offertes induisent de nouvelles pratiques qui génèrent elles-mêmes de nouveaux contenus géolocalisés. 3.2.2 Pratiques spatiales et logiques de production du Géoweb participatif Avec les nouveaux types d’architectures des réseaux ouverts et les potentialités offertes par les technologies géospatiales participatives, l’information géographique n’émane plus seulement de grands producteurs d’informations institutionnels et privés. Le développement des services cartographiques prenant en charge la création et la diffusion de ces contenus générer par les utilisateurs modifie les stratégies de production d’information géographique établis. Désormais une partie de l’information géographique est produite, mise à jour et diffusée par le grand public (communautés de pratiques, particuliers, citoyens) selon une logique ascendante (bottom-up). 8 Selon le blog http://maps-forum-announcements.blogspot.com/ 10 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Concrètement chaque internaute peut publier et géolocaliser ses photos, mettre en ligne sa dernière randonnée via les tracés GPS, donner son avis sur la pizzeria de son quartier ou encore dessiner le réseau routier de son village. On qualifie ces nouveaux contenus géolocalisés, d’information géographique volontaire (VGI) ou de contenus géographiques générés par les utilisateurs (UGGC) (Goodchild, 2008). Ces derniers renouvellent la manière d’envisager l’information géographique de part les manières dont ils sont produits, diffuser et utiliser mais aussi par les types d’informations traités et les formes de représentations spatiales mobilisées. Pour Haklay, il convient de distinguer les services cartographiques implicites des applications cartographiques explicites (Haklay, 2009). Dans le premier cas, la dimension information géographique n’est pas le but principal de l’application en ligne, elle est secondaire voire involontaire. Il s’agit d’une logique d’automatisation de la représentation de l’information géographique comme dans le cas des mashups cartographique ou des fonctionnalités de géolocalisation de site de partage de photos ou de vidéos. Dans le cas des applications géographiques explicites, il existe une volonté de la part des utilisateurs de créer de l’information géolocalisée dans une logique de contribution et d’enrichissement. De plus les contributeurs entretiennent une relation avec l’espace et les lieux dans la mesure où la numérisation d’un réseau routier par exemple implique de prendre en compte le monde réel. À la suite de cette idée, nous pouvons ainsi différencier les contextes de créations des nouveaux contenus géolocalisés dans la mesure où les finalités, l’engagement des utilisateurs, la qualité ainsi que les thématiques sont variables. Les logiques de type crowdsourcing9 représentent le cadre le plus codifié au sein du Géoweb participatif. Il s’agit d’initiatives instituées et encadrées par les grands producteurs et utilisateurs d’information géographique comme Google ou Tom-Tom. Calqué sur le modèle de l’outsourcing (externalisation), le crowdsourcing ou « externalisation de la production par la foule » (Pisani et Piotet, 2008) consiste à utiliser et capitaliser la créativité, l’intelligence et le savoir-faire des utilisateurs et ce à moindre coût. Dans les faits, les professionnels mettent en place des plates formes de contribution où les internautes sont invités à venir enrichir, mettre à jour et corriger les bases de données existantes. On parle alors de spatial crowdsourcing (Hopfer et McEachren, 2007). Google donne ainsi la possibilité aux citoyens américains, australiens et néo-zélandais de corriger le placement de POI sans vérifications. Le projet Google Maps Maker permet au grand public de construire le réseau des voies des pays peu ou non couverts par les fournisseurs standards et depuis peu, les données produites via Maps Maker sont peu à peu incorporer à l’API cartographique. Chaque heure, les utilisateurs apportent plus de dix mille corrections et ajouts aux bases de données de Google10. 9 10 Néologisme basé sur outsourcing crée en 2006 par Jeff Howe et Mark Robinson rédacteurs à Wired magazine. Selon le blog http://maps-forum-announcements.blogspot.com/ 11 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 On assiste également à la mise en place de nombreux partenariats entre des acteurs du géospatial et des organisations publiques. Google a récemment mis en place le service Google Transit (calcul d’itinéraire en transport en commun) en partenariats avec les sociétés de transports de quelques grandes villes du monde. De même que d’autres programmes de mutualisation des données concernant l’imagerie aérienne, les données trois dimensions ainsi que les POI sont proposés aux collectivités et aux gouvernements. Microsoft a aussi lancé un programme appelé GoVE, il s’agit d’un appel aux organismes gouvernementaux et aux propriétaires d’images satellitaires. Microsoft propose d’intégrer les images de différents acteurs à son service cartographique, si elles lui apportent une valeur ajoutée. Les sites d’informations locaux dont une partie des contenus est générée par les utilisateurs s’inscrivent aussi dans cette logique. Ils se positionnent à la fois comme des infrastructures de collecte, de mutualisation et de diffusion d’informations géographiques où la stratégie adoptée est de « capter les données pour les valoriser » (Euvrard, 2008). Il est important enfin de signaler les nouvelles possibilités offertes aux utilisateurs de GPS autonomes. La technologie Map-Share de Tom-Tom qui permet des modifications en temps réel (routes en travaux, nouveau commerce, nouvelles rues) en est à plus de cinq millions de corrections apportées par les utilisateurs depuis son lancement en 2007. La société Navteq avec Map Reporter tout comme Tele-Atlas avec Map Insight offrent également aux utilisateurs la possibilité d’apporter des corrections aux bases de données mais par le biais d’applications cartographiques et de formulaires en ligne. Le contexte de création de type loisir est assez codifié et encadré. Il s’appuie sur de nombreuses communautés de pratiques dont le but est de produire de nouvelles bases de données afin de venir enrichir les GPS autonomes. Des sites comme GpsPassion ou POIfriend centralisent des milliers de bases de données de points d’intérêts (POI) sur des thématiques diverses (restaurants, radars, boites à lettres, parking, commerces, arrêts de bus, etc.). Ces balises d’informations deviennent complémentaires aux rues et adresses des cartes dans les pratiques spatiales des usagers. On peut les considérer comme des produits d’amélioration des cartes. L'avantage de ce type de repères par rapport aux adresses (géocodage) est qu'il rend la recherche et la navigation des utilisateurs plus rapide. Ils sont devenus incontournables au sein du Géoweb et incarnent un nouveau type d’information géographique par destination, localisée et localisable (Didier, 1991). En complément des POI (points), la création de tracés (lignes) notamment à l’aide de GPS se développe. Des sites comme Utagawa, Trailguru ou TraceGps offrent des milliers d’itinéraires pour des randonnées pédestres, cycliste ou équestres sous la forme de tracés consultables sur le Web et utilisables au sein des dispositifs mobiles (PDA, Smartphone et GPS). Ce contexte de création a la particularité d’être en lien avec le terrain dans la mesure où les données créées ainsi que leur utilisation s’opèrent dans le cadre de la mobilité des utilisateurs. On retrouve au sein de ce cadre la convergence émergente du Géoweb et des applications mobiles dans une logique de complémentarité et d’interopérabilité. 12 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Le dernier contexte de création s’opère dans un cadre en ligne totalement ouvert que l’on peut associer aux pratiques spatiales participatives qui se développent sur le Web. Il s’agit du cadre le plus répandu de création d’information géographique générée par les utilisateurs. Dans ce contexte, les utilisateurs créent et enrichissent l’information géographique sans véritable but de diffusion, d’utilisation ou de reconnaissance. De plus il n’y a pas véritablement d’engagement géographique de leurs parts, on parle alors de cartographie passive (Haklay, 2009). Il convient d’en différencier deux niveaux. Le premier est l’enrichissement des contenus déjà géolocalisé par l’ajout d’informations objectives (liens, photos, horaires, coordonnées) ou subjectives (avis, votes et commentaires). Le deuxième niveau implique la création de nouveaux contenus géolocalisés en ligne. D’un côté, on retrouve le processus de géomarquage (geotagging), qui consiste à la création de points d’intérêts (placemarks) sur les API cartographiques. De l’autre il s’agit du processus d’ajout de coordonnées géographique (géoréférencement) aux contenus disponibles sur le Web (photos, vidéos, articles, flux, etc.). Cette seconde pratique se généralise à l’image du succès des fonctionnalités cartographiques des sites comme Flickr et Panoramio de même que la géolocalisation quasi systématique des vidéos du site YouTube. Plus globalement, la tendance est à la géolocalisation, que l’on peut aussi qualifier d’indexation spatiale du contenu du Web dans une perspective d’aide à la recherche pour les utilisateurs. 3.2.3 Information géographique du Geoweb Avec les nouveaux producteurs et les nouvelles stratégies de production, les données elles même évoluent. On ne parle plus simplement de référentiels routiers, d’images satellitaires ou de quelques figurés ponctuels comme des hôtels ou des stations services. Les nouvelles formes d’information géographique englobent des thématiques très variées. Il peut s’agir de lieux (accidents de voiture, maisons de célébrités, magasins franchisés), de personnes (criminels, victimes de fraudes, contributeurs financiers), d’événements (incendies, crimes) ou encore de flux de circulation (avions, bateaux, trains). Á ces nouvelles thématiques s’associent de nouvelles formes de représentations spatiales mobilisant de nouvelles variables visuelles (diversification de l’iconographie ponctuelle, affichage dynamique, effets de transparence). À la suite de notre réflexion les modalités de créations de contenus géolocalisés, on peut différencier quatre grands types d’information géographique disponible sur le Web. Elles se caractérisent selon leur logique de production, leur contexte de création, les thématiques abordées, leur fiabilité et le domaine dans lequel elles sont utilisées. 13 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Institutionnelle Logique de production Contexte de création Mise à jour Utilisation Fiabilité Domaine Contenus Top-down Campagne sur le terrain, imagerie Planifiée Aide à la décision, communication, hacking Labélisée et documentée Public Indicateurs, référentiels cadastre, réseaux Commerciale Top-down et bottom-up Campagne sur le terrain, imagerie, crowdsourcing Planifiée et continue Tourisme, loisirs, mobilité Labélisée et documentée Privé POI, réseaux routiers, radars, circuits touristiques Volontaire Bottom-up Loisirs, pratiques liées au Web 2.0 Continue Tourisme, loisirs Non garantie et non documentée Public Opinions, POI, photos, vidéos, traces GPS, réseaux Hybride Top-down et bottom-up Crowdsourcing, pratiques spatiales du Web 2.0 Continue Information, tourisme, loisir Variable et peu documentée Public Opinions, POI, réseaux, Figure 2 : Typologie de l'information géographique disponible sur le Web L’information géographique institutionnelle est destinée aux processus d’aide à la décision et à l’information des citoyens. Elle se caractérise par sa complexité (spécification fonctionnelle souvent supérieure aux besoins) et les limites imposées par ses modalités (licence et coût) de diffusion et d’usage. Il s’agit d’une information encore souvent cloisonnée qui se diffuse essentiellement via les portails SIG institutionnels. Néanmoins, elle se diffuse aussi par le biais de nouvelles méthodes. On parle de Map hacking (McConchie, 2008) pour caractériser le « piratage cartographique » de bases de données d’organisations. Il s’agit de combiner de l’information géographique institutionnelle avec une API cartographique. On peut citer comme exemple les mashups cartographiques concernant les crimes dans les grandes villes à l’image de Chicago Crime, le trafic aérien comme Air Trafic qui recense les avions au dessus du territoire Suisse ou encore le trafic ferroviaire avec Where Are Trains qui propose une cartographie dynamique en temps réel des trains de la société nationale des chemins de fer français (SNCF). Dans tous ces exemples, il n’y a aucune filiation entre les organisations et les concepteurs des mashups cartographiques. L’information géographique commerciale se développe de plus en plus, son succès est essentiellement lié à l’utilisation grandissante des GPS autonomes. Cette information géographique sert essentiellement à venir enrichir les cartes des GPS. Elle se caractérise par de grandes quantités d’informations thématiques payantes. Par exemple la société Tele Atlas propose plus de 29 millions de POI en téléchargement sur son site et ViaMichelin des circuits touristiques basés sur des POI. Dans la même logique, plusieurs sociétés offrent des prestations de création de POI pour les professionnels. C’est le cas de la GE-Data et Go2poi qui proposent aux entreprises et aux collectivités territoriales de créer leurs propres données aux formats du Géoweb dans le but de les diffuser. Il est aussi important de rappeler que l’information géographique commerciale utilise de plus en plus le modèle du crowdsourcing afin d’améliorer la quantité des contenus ainsi que leurs mises à jours. 14 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 L’information géographique volontaire émane de la base, autrement dit du grand public, des citoyens. Sa fiabilité est très variable du fait qu’elle ne connait pas véritablement de contrôle ni d’encadrement et qu’elle n’est pas documentée. Aucunes métadonnées ne viennent informer l’usager sur les caractéristiques des contenus. Les contextes de créations sont de type loisirs et pratiques participatives en lignes. Son originalité réside dans les formes représentations spatiales qu’elle génère. L’information géographique hybride qui mélange les deux précédentes connaît un fort développement. Elle s’appuie à la fois sur le modèle du crowdsourcing et sur les pratiques spatiales participatives émergentes. Il s’agit par exemple de POI crées par des particuliers mais qui concernent des équipements collectifs ou des collections de POI d’une chaine de magasin. Les sites d’informations locaux comme dis moi où et Tout Près de Chez Nous illustre cette idée d’une nouvelle information géographique hybride où se mêlent à la fois du contenu généré par les utilisateurs de type VGI et de l’information géographique labélisée dans un cadre où la technologie et la pertinence de l’information sont gérés en amont. 3.3 De nouvelles formes de cartographie en ligne Pour Haÿ, il cohabite actuellement deux modèles de cartographie numérique en ligne (Haÿ, 2007). Le premier est celui de la cartographie 1.0 où l’information géographique est produite par des experts et consultable par tous. Dans ce cas, la carte est un outil d’information et de communication. Le deuxième modèle, cartographie 2.0 se caractérise par une information géographique produite et consultable par tous où la carte est un outil d’interaction et de participation. Dans ce cas, que l’on peut qualifier de cartographie en ligne participative, le contenu est aussi important que l’interactivité. La carte devient le support du partage, elle incarne l’interface du lien entre le physique et le numérique. Elle ne sert plus seulement de support d’information, après avoir été vu comme un outil de communication unidirectionnel et de pouvoir. La carte peut maintenant incarner comme un instrument de contribution voir de collaboration. C’est l’idée de la carte envisagée comme un wiki. La wikification de la cartographie en ligne se définit sous divers termes comme WikiSIG (Ciobanu et alii, 2007), Geo-wiki (Cowen, 2007) ou encore wiki-mapping (Guptill, 2007). Pour Sui, « the wikification of GIS is perhaps one of the most exciting and indeed revolutionary developments since the invention of the technology in the early 1960s » (Sui, 2008a). Cette nouvelle forme de cartographie en ligne s’appuyant sur un système de gestion des contenus de type wiki offre de nouvelles perspectives tant sur plan des techniques que des méthodes. Elle se pose comme un nouveau paradigme dans la conception et l’utilisation de la carte. La différence essentielle avec les initiatives qui se développent actuellement au sein du Géoweb participatif réside dans la forme de participation des utilisateurs. Les systèmes de gestion des contenus de type wiki adoptent une approche itérative et non cumulative de collaboration (Bouchez, 2008). 15 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Dans le cas d’un WikiSIG, les utilisateurs collaborent en travaillant ensemble à partir des mêmes références et sont impliqués dans le projet, on parle alors de géocollaboration (Hopfer et McEachren, 2007). La conception de la carte s’opère dans une logique de gestions des connaissances locales où les participants au projet modifient librement les contenus (création, mise à jour, suppression) en échangeant et en confrontant leurs connaissances et leurs points de vue. Les potentialités sont nombreuses tant pour l’aménagement du territoire, qu’au niveau de l’information des citoyens. Par exemple, la création de services cartographiques locaux développés par les collectivités et enrichis par les citoyens constituerait de véritables outils d’information et de promotion territoriale. De plus, la combinaison de la cartographie en ligne et des wikis permet de raconter l’histoire de la carte (ou du projet) par le biais de l’historique du contenu généré offrant ainsi la possibilité de suivre son évolution dans le temps, contrairement à de nombreux mashups cartographiques où l’utilisateur n’agit pas véritablement sur la base de données. Un WikiSIG donne accès à la carte « en train de se faire », la carte devient un processus plus qu’un produit fini, ce qui est intéressant dans un contexte de travail collaboratif. La carte est en mesure de devenir un outil de lecture des dynamiques de construction des savoirs spatialisés et de traçabilité des représentations spatiales. De plus cette manière d’envisager la cartographie en ligne permet de mettre en place une certaine cohérence dans la mise en forme, l’ajout et la modification des contenus. De même que l’implication des utilisateurs dans le projet diminue la question de la crédibilité de l’information et les techniques mobilisées, permettent la traçabilité documentée des étapes de conception. L’exemple le plus significatif de cartographie collaborative est celui d’OpenStreetMap qui propose une cartographie libre et ouverte des réseaux routiers. Ce projet de création d’une base de données des rues et des routes du monde s’appuie exclusivement sur des contributions volontaires et s’enrichit continuellement. Le succès d’OpenStreetMap tant au niveau de la couverture que de la qualité illustre bien les possibilités offertes par la cartographie collaborative. Dans la même logique, le projet Wikimapia lancé en 2006 est un service d’information géographique ayant pour vocation de « décrire la planète terre ». Il affiche désormais plus de neuf millions11 d’entrées et compte plus de deux cent mille contributeurs enregistrés. Sa particularité est de combiner une interface cartographique avec des wikis géolocalisés se matérialisant sous la forme de rectangles. On assiste également à l’émergence de nouvelles initiatives locales comme celle d’habitants de Nantes qui ont créé une carte collaborative sur le tri sélectif, une association qui recense les acteurs de l’écohabitat en Bretagne ou encore un collectif qui met en place une carte libre du Vercors via l’application cartographique Un Point C’est Tout précurseur du WikiSIG. Dans le même esprit l'Association des internautes romanopéageois a développé une carte collaborative pour inviter les habitant de la commune à partager leurs regards sur leur ville et ses alentours. De même qu’a Marseille le WikiGuide qui s’appuie sur une API 11 Selon la page d’accueil de Wikimapia 16 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 cartographique se présente comme un guide collaboratif pour les marseillais où la carte devient un complément à la recherche et la production de contenus. Figure 3 : Les différents types de cartes disponibles sur Internet12 3.4 Cartographie en ligne nouvelle génération, collectivités et politique L’utilisation des nouvelles technologies géospatiales en ligne ne se limite pas aux seuls usages des particuliers et des associations. De plus en plus de collectivités utilisent ces outils dans le but d’offrir aux citoyens des services cartographiques centrés sur le territoire. Il est important de préciser que les initiatives mises en place actuellement se limitent essentiellement à une dimension d’information du public et de communication territoriale. La première forme d’utilisation des ces technologies est la simple localisation du territoire avec un lien renvoyant vers un service cartographique ou l’intégration d’une API cartographique. La deuxième forme d’utilisation est davantage liée à la dimension information du citoyen. On retrouve une API cartographique rattachée à du contenu en lien avec le territoire comme sur le site de la mairie de Paris ou celui de la Commission de la Capitale Nationale du Québec. Les offices du tourisme se mettent également à proposer ce nouveau type de services. De la simple localisation d’hôtels aux services cartographiques avancés 12 D’après la typologie de KRAAK, MENNO, Settings and needs for Web cartography, dans Web Cartography, Francis et Taylor 17 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 proposant de multiples POI, ou la mise en ligne de circuits de randonnées par le biais de cartes ou de tracés GPS, les exemples ne manquent pas. On assiste aussi à la diffusion par les collectivités de nouveaux types d’informations. Le district de Columbia aux Etats-Unis a par exemple mis en place un service cartographique où les citoyens peuvent visualiser sur une carte, les permis de constructions délivrés ou les incidents qui ont eu lieu sur le territoire. Autre initiative à souligner, le programme Proximités lancé en 2007 par la caisse des dépôts et consignation13 ayant pour objectif de constituer un annuaire géolocalisé des services publics de proximité. Ce partenariat inter-organisationnel rassemble les collectivités territoriales de quatre régions françaises. Celles-ci se positionnent comme des producteurs publics d’information géographique partagée dans le but de diffuser de nouveaux contenus au sein de leurs sites Internet en utilisant comme référentiel l’API Google Maps. On trouve encore peu d’exemples institutionnels où il y a une véritable participation du public. On peut citer le Système d'information collaboratif sur l'eau et l'environnement du fleuve Charente mis en place par le département qui a comme objectif de faire participer les citoyens et les institutions à la protection de l'environnement et de la ressource en eau. La tendance est plus à la consultation du public, et la carte commence à devenir un instrument pour les collectivités qui souhaitent recueillir les retours, les attentes et les propositions des citoyens sur les problématiques locales. On peut citer l’exemple de la carte interactive de la ville de Camden aux Etats-Unis. Ou le projet FixMyStreet qui permet aux habitants de Londres de signaler, reporter et discuter des problèmes locaux qu'ils rencontrent dans leur quartier. A travers un site web couplé à une interface cartographique, les citoyens peuvent annoter la carte et remplir un formulaire permettant de signaler les problèmes. Il s'agit généralement de retours des problèmes de voiries comme des lampadaires non fonctionnels, des graffitis, des chaussées abîmées ou des véhicules abandonnés. Les possibilités offertes par le Géoweb participatif intéressent également le politique. Au cours de la campagne électorale des élections municipales françaises de 2008, l’agence Internet la Netscouade a développé un projet de cartographie participative baptisé cartosphère pour l’un des candidats. Cette hybridation entre cartographie et forum participatif permet aux citoyens de signaler, de commenter, de noter et d’illustrer de photos ou vidéos, les problèmes quotidiens de leur ville. Cet outil participatif, permettait aux habitants de déclarer ce qu'ils veulent voir changer dans leur ville (transport, propreté, culture, éducation, santé, sécurité). La carte reposait sur l’API Google Maps pour permettre de visualiser les commentaires, les observations et les problèmes des citoyens. Plus de 5000 Marseillais y ont pris part en six mois d’existence. Depuis novembre 2008, l’Agoracarte (initiative similaires à la cartosphère) est proposée sur le site d’une candidate française aux élections régionales de 2010. On constate également un fort intérêt de la part des professionnels du géospatial, de nouvelles offres et solutions font leur apparition comme l’offre de géolocalisation interactive présente sur les 13 Institution financière publique françaises ayant le rôle de « développeur du numérique des territoires » 18 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 sites de la commune d’Alençon, Juvignac et Baillargues. Il s’agit d’un service qui propose un plan de la commune enrichie de contenus type POI (administrations, équipements publics, loisirs, etc.) avec diverses informations (coordonnées, horaires). L’entreprise Click2Map propose de donner une représentation géographique des informations des organisations sur Internet. Navidis offre des solutions de communications cartographiques, Dynamik Informatik et Makina Corpus offrent de multiples prestations cartographiques en utilisant les nouvelles technologies géospatiales (API, OpenLayers, OpenStreetMap). Au delà de l’information territoriale, on retrouve également une tendance à la participation. L’application GéoLiveCity proposé par Odyssée Ingénierie, permet ainsi un affichage des demandes citoyennes sur une carte. L’objectif de cette « offre de Néogéographie » comme l’annoncent ses concepteurs est de favoriser la gestion collaborative et la géolocalisation interactive des demandes citoyennes. Il est important de préciser que les niveaux de participations du public au sein du Géoweb 2.0 se limitent en majorité à la consultation et à la contribution volontaire. La collaboration et plus spécifiquement la géocollaboration au sens d’un véritable projet commun basé sur l’implication des utilisateurs restent encore très limitées. De même que les cartes participatives mises en place dans le contexte de campagne politique ou de consultations publiques n’ont pas de véritables impacts et restent encore cantonnées au rôle de vitrine de communication citoyenne. Il est néanmoins important de souligner que ce type d’initiative existent, se développent et offrent de nouvelles opportunités en terme de mobilisations citoyennes aux collectivités locales. 3.5 Pourquoi cette recherche ? Le foisonnement d’innovations et de nouveaux usages autour de la cartographie en ligne constituent un défi pour les professionnels de l’information géographique, de la géomatique, l’ensemble des professions et activités « localisées » (commerce, hôtellerie, restauration et tourisme) et naturellement, pour les collectivités territoriales. (Jarnac, 2008). Pour Joliveau, « il faut prendre en compte les nouvelles fonctions de l’information géographique dans la société et être capable de relier la conception des outils et les contextes sociaux et culturels dans lesquels ils sont employés » (Joliveau, 2004). Au niveau des organismes en charge du développement et de l’aménagement des territoires, les enjeux liés au Géoweb participatif sont grandissants. Ils concernent autant les possibilités offertes par les nouvelles techniques et les pratiques spatiales induites que la question de la mobilisation et de l’utilisation de l’information géographique volontaire dans des cadres d’aménagements du territoire. Les collectivités ainsi que les gouvernements doivent s’adapter à la fois aux nouveaux cadres réglementaires concernant l’accès de l’information géographique et la participation publique dans la vie locale. De même qu’aux attentes des citoyens en termes d’information géographique. Le développement du Géoweb participatif questionne les collectivités, tant pour leur besoins de fonctionnement (enrichissement des SIG institutionnels), que dans le cadre 19 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 de leurs missions d’intérêt public (nouvelles perspectives offertes pour envisager la participation publique et les partenariats locaux). Les processus et pratiques de création volontaire de données géolocalisées par le public sont porteurs à la fois d’enjeux sociétaux, mais aussi scientifiques. La géomatique et les sciences de l’information géographique changent. La carte ainsi que l’information géographique est devenue accessible et productible par le public. Mais l’instrumentation ne constitue pas une fin en soi. Les outils, les pratiques et les représentations spatiales ont évolués mais pas encore véritablement les méthodes. C’est le rôle de la carte, des SIG et des sciences de l’information géographique plus globalement qui est questionné par ces nouvelles pratiques et l’information géographique volontaire qui en découle. Le phénomène est encore trop récent pour que des théories soient véritablement établies et qu’un consensus soit trouvé tant au niveau du vocabulaire que des véritables impacts induits. Bien des aspects demeurent flous. Cela dit les réactions et les prises de positions au sein de la sphère Internet se multiplient, de même, que les publications sur le sujet commencent à émerger. Encore peu de travaux ont été consacrés à ce sujet et seuls quelques spécialistes se sont intéressés à ces nouvelles logiques, pratiques et contenus, surtout sous un angle géographique. Mais l’intérêt porté par la communauté scientifique comme l’industrie du géospatial est croissant. Pour preuve lors de la dernière conférence des géographes américains (AAG 2009), deux sessions de présentations étaient consacrées aux rapports entre le Géoweb participatif et les sciences de l’information de géographiques. For academic researchers from human geography or GIScience, research priorities may range from investigating how and with what impacts power and knowledge are negotiated in these new forums; or how data models and structures used to represent, store, analyze, and share geographic information in a GIS environment might need to be adapted to incorporate volunteered geographic information (Elwood, 2007b). 4. Problématiques Au sein de cette partie, nous développerons préalablement les trois grands fondements théoriques qui structurent notre recherche avant de passer à la question générale. Nous aborderons dans un premier temps la relation entre territoire, participation publique et géomatique. Puis nous nous attacherons à expliciter les approches théoriques de la technologie adoptées. Enfin nous développerons l’idée selon laquelle, il cohabite actuellement un modèle de géomatique professionnelle et un modèle de géomatique personnelle. 4.1 Fondements scientifiques et approches adoptées 4.1.1 Territoire, participation et géomatique Le concept de territoire est devenu complexe, il concentre les attentions politiques, sociales, économiques et environnementales (Déjour et alii, 2007). Il se positionne désormais comme l’espace 20 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 de l’action publique. L’enjeu est donc double, d’un côté le territoire comme espace d’action et de l’autre comme espace de représentation. Dans le contexte français et québécois actuel, de (re) et (de)territorialisation, le territoire cherche perpétuellement sa légitimité vis-à-vis des citoyens et des autres territoires. En ajoutant la dimension de participation publique qui s’institutionnalise dans l’objectif d’une meilleure gouvernance locale, le territoire à recours de plus en plus a des instruments de démocratie locale où se mêle légitimation démocratique et légitimation par l’expertise. La mise en place de procédures de démocratie locale comme les conseils de quartiers ou les consultations publiques s’inscrit pleinement dans une dynamique de construction d’une identité et d’une légitimité du territoire. Les enjeux liés à l’aménagement du territoire représentent l’un des objets majeurs des expériences et des dispositifs participatifs. Ces débats entre experts, élus et citoyens peuvent concerner l’élaboration des plans de zonage, l’implantation d’équipements publics ou encore les aménagements routiers en relation directe avec le territoire. Dans le champ urbain, les démarches participatives sont d'emblée confrontées à la question de l'échelle et de la définition des territoires. Elles contribuent à créer de la territorialité par la production d'espaces de débat et d'expression entre les différents acteurs du territoire. Les types d’acteurs impliqués dans ce type de processus sont divers. Communément on distingue les acteurs qui décident (responsables, gestionnaires, élus, politiques), ceux qui savent (experts, techniciens, spécialistes), et ceux qui sont concernés et intéressés par la décision appelés aussi « partie prenante » (les habitants, les usagers, les entreprises, etc.). La participation publique à la gestion du territoire implique que l’information géographique soit plus ouverte, accessible et compréhensible mais aussi que des acteurs-usagers jusqu’alors passifs deviennent actifs et producteurs d’informations. Pour Joliveau « la construction d’un territoire commun avec les acteurs nécessite d’associer ces derniers à la production des connaissances sur le territoire » (Joliveau, 2004). Dès lors la constitution de base de données d’informations ouvertes et compréhensibles devient un nouvel enjeu dans l’organisation des politiques participatives pour les collectivités. La carte et plus globalement les SIG deviennent des supports privilégiés pour un rôle plus actif et constructif des citoyens dans le but de penser localement et d’agir globalement en décidant ensemble. Les technologies géospatiales doivent être considérées comme des outils d’animations territoriales à part entière. Comme le rappelle Debarbieux, « la cartographie d’aménagement et d’urbanisme, parfois présentée comme toujours déjà-là par des professionnels ou des décideurs au-dessus de la tête des citoyens, pourrait ainsi utilement céder la place à une cartographie participative, outil pour un aménagement partagé » (Debarbieux, 2003). Mais la question concerne autant les données que les techniques. Ainsi pour Pornon et Noucher « peut-être que le plus important ne se situera pas dans les données, mais dans le processus de connaissance et de réappropriation du territoire par le public. En tant qu’outils d’interaction, de 21 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 collaboration et de coopération, les SIG peuvent aider des groupes divers à construire ensemble une vision partagée de leur territoire » (Pornon et Noucher, 2007). Les technologies géospatiales offrent aux décideurs un fort potentiel d’aide à la prise de décision mais aussi pour tous les acteurs locaux comme les citoyens une meilleure compréhension des problématiques territoriales et de fait une plus grande implication possible de la population dans les processus de prise de décision. L’information géographique peut constituer une condition de l’exercice de la citoyenneté en apportant des outils d’aide à la décision […] L’usage d’un outil tel que le SIG, doit renforcer la citoyenneté des acteurs d’un territoire, tant par l’aide à la décision qu’il apporte aux élus locaux, que par la compréhension et le contrôle par les citoyens, des décisions prises collectivement.14 4.1.2 Interactionnisme social, diffusion et adoption des technologies géospatiales À la suite des travaux de Campbell (Campbell, 1997) qui mettent l’accent sur le lien très fort qui associe les avancées technologiques dans un domaine et leurs impacts sociétaux, notre approche se focalisera sur une perspective contingente des interactions sociales entre les technologies et les sociétés (paradigme de l’interactionnisme social). La recherche s’inscrit dans un cadre compréhensif global où les technologies géospatiales sont considérées comme des constructions sociales et où les processus de diffusion, d’adoption et d’utilisation sont le résultat des interactions réciproques entre technologies, utilisateurs et les contextes sociétaux et organisationnels. Comme Chrisman, nous considérons que les contextes culturels, politiques, sociaux et économiques influencent les technologies géospatiales et dans le même temps, celles-ci modifient en retour les sociétés par le biais de nouvelles pratiques, logiques et interactions (Chrisman, 2004). Les approches théoriques de la diffusion, de l’innovation et de l’appropriation des technologies géospatiales adoptées ici sont centrées sur les usagers. Il s’agit d’approches sociologiques qui étudient le processus de formation des usages qui se met en place avec le développement des NTIC. L’approche de l’innovation utilisée s’appui sur les travaux de l’école de la traduction (Latour, 1989). Elle analyse l’usage des nouvelles technologies à partir des jeux d’interactions réciproques qui s’opèrent entre les individus et les objets techniques. La traduction s’effectue à partir une négociation permanente entre les outils et les usagers. À la suite de cette approche, Flichy définit un cadre sociotechnique (Flichy, 1995) qui renvoie aux fonctionnalités de l’objet, à l’usage technique et au cadre d’usage social des technologies. Ce cadre de fonctionnement de la technologie n’est pas figé dans le temps, il se transforme selon l’évolution du contexte technique et social. Selon cette perspective, la technologie n’a pas de sens, de valeur et de conséquence en elle-même, c’est la pratique individuelle et collective qui en décide. 14 Citoyenneté et information géographique, fiche du CNIG n°101, 2007, 8 p. 22 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 L’approche théorique de l’appropriation adoptée, se centre sur la mise en œuvre et l’utilisation de l’innovation dans la vie sociale. Elle étudie les usages des technologies du « point de vue » des usagers et met en évidence la construction sociale de l’usage. Cette approche vise à cerner le statut de l’objet, ce qu’il représente pour ses usagers et comment il s’inscrit dans l’environnement et les pratiques et cela dans le contexte de la vie quotidienne, indissociable des tendances sociales de fond qui participent à la construction des modes de vie. En d’autres termes, il s’agit de cerner les manières dont les utilisateurs s’approprient les technologies, les utilisent et les rendent opérantes. Les technologies de l’information géographiques ne sont que ce que leurs usagers veulent bien en faire, indépendamment de leurs capacités techniques. Elles sont le résultat d’un processus de construction sociale, qui se différencie des TI par son ancrage spatial affirmé. Leur niveau d’appropriation est par exemple grandement conditionné par le niveau de concordance entre représentation spatiale cognitive et représentation spatiale physique (Roche et Raveleau, 2004) 4.1.3 Géomatique territoriale et géomatique sociétale Les nouveaux environnements induits et produits par le Web 2.0, comme les milliers de mashups cartographiques utilisant Google Maps, se placent en dehors des logiques organisationnelles type cellule SIG d’une collectivité. Il s’agit ici d’environnements cartographiques ouverts et composites où chacun peut visualiser, modifier et créer de l’information géographique sur la base du volontariat. La donne a changé et les logiques sont différentes. Il y a seulement quatre ans on pouvait lire que « l’information géographique proprement dite est intimement liée à la chose publique et par voie de conséquence aux institutions politiques » (Roche et Caron, 2004). La cartographie s’est longtemps inscrite dans une sphère essentiellement professionnelle dont l’exercice revenait à des acteurs spécialisés : entreprises et pouvoirs publics principalement. Les SIG imposaient l’utilisation de ressources matérielles et logicielles coûteuses et complexes à mettre en œuvre et requéraient donc les compétences d’ingénieurs spécialisés dans le domaine de la géomatique. Les architectures de services Web et les données disponibles via les portails mondiaux privés comme Google ou Yahoo permettent potentiellement à des amateurs éclairés de produire des cartes. Cette démocratisation de l’activité cartographique confronte les collectivités territoriales à de nouvelles attentes et à de nouveaux défis. (Jarnac, 2008) Joliveau considère qu’il coexiste actuellement deux modèles de géomatique (Joliveau, 2008b). L’une dite professionnelle est propriétaire, uniforme, spécialisée et réservée aux experts et aux professionnels. Elle se positionne comme un outil de gestion et d’aide à la décision. Une autre dite personnelle, est grand public, ouverte, composite et partagée, se place comme un outil de communication, d’information et de participation. La géomatique professionnelle se positionnait déjà largement comme un outil de communication, mais de manière unidirectionnelle et fermée. La différence essentielle réside dans le caractère multidirectionnel et l’ouverture (sharing, peering) de la géomatique personnelle. Par analogie on peut citer l’image du modèle de développement de l’Open 23 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Source avec l’opposition entre le modèle dit cathédrale très structurés et hiérarchisé (relations verticales) et le modèle de type bazar (relations horizontale) où l’information comme les connaissances se mélangent et s’échangent sans barrières (Raymond, 2001). Le modèle de développement du Géoweb participatif peut se comparer à un bazar, cette manière de développer des logiciels et des applications cartographiques par la coopération d'une multitude de développeurs, se caractérise par une adaptabilité et une flexibilité impossible dans le cadre d’une structure organisée de façon hiérarchique. Cette cohabitation entre ces deux modèles n’est pas cloisonnée. On assiste à des allers et retours entre géomatique professionnelle et géomatique personnelle, tant au niveau des techniques (logiciels, formats, normes) que des pratiques (crowdsourcing). Un exemple assez flagrant est celui de la dernière version d’ArcGIS server 9.3 qui permet l’utilisation des API de Virtual Earth et Google Maps. Cela permet la superposition des API aux fonctionnalités cartographiques plus classiques d’ArcGIS server. Il faut y voir une hybridation et une complémentarité entre des technologies qui même si elles ne sont pas destinées aux mêmes publics et aux mêmes usages se combinent pour donner une véritable valeur ajoutée aux technologies géospatiales. Cette distinction entre les deux modèles de géomatique met en perspective les interactions possibles entre les amateurs et les professionnels du domaine. The worlds of VGI and the traditional mapping agencies could not be more different. The latter represent the top-down, authoritarian, centrist paradigm that has existed for centuries, in which professional experts produce, dissemination is radial, and amateurs consume […] Neogeography has been defined as a blurring of the distinctions between producer, communicator and consumer of geographic information. The Relationship between professional and amateur varies across disciplines. (Goodchild, 2008) La géomatique professionnelle est en partie liée aux métiers du territoire (aménagement, transports, environnement, urbanisme, etc.), et de fait à la collectivité en charge de son aménagement. On parle de géomatisation des collectivités, d’outils indispensables, de virage géomatique. Quant à la géomatique personnelle, elle est liée à la société civile, aux nouveaux modes de communications, aux pratiques spatiales grand public. On parle ici de demande sociale en géomatique, de société de l’information géographique (Roche, 2004), de géomatique de masse et ubiquiste voir même de nouvelle science citoyenne où les individus sont envisagés comme des capteurs de l’espace en réseau (Goodchild, 2007b). C’est l’idée développée par récemment par Goodchild. Selon lui, tout être humain est capable d'agir comme un capteur intelligent et pourrait être utile et efficace comme source d'observation scientifique. Le caractère amateur de l’information géographique volontaire n’est pas à remettre en cause (Goodchild, 2007a). Les citoyens capteurs pourraient ainsi êtres mobilisés en cas de catastrophe majeure, car sur place ils seraient bien plus à même de localiser des limites de crue, ou d’évaluer l’extension des dommages. 24 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Pour résumer, nous considérons la géomatique personnelle comme une forme d’évolution de la géomatique professionnelle tant dans les techniques, les pratiques et les contenus. Les métiers et les compétences ne se fondent et ne se confondent pas, il n’y a pas véritablement de rupture. Le développement de la géomatique grand public se place en complément et non en remplacement, elle est à envisager comme une continuité logique et technologique à la géomatique professionnelle. 4.2 Énoncé du problème La convergence des facteurs abordés précédemment pose de nouvelles problématiques de recherche tant dans le domaine des sciences de l’information géographiques que de la géographie humaine et sociale. Nous partons de l’idée que le développement du Géoweb participatif est à envisager au-delà d’une simple démocratisation des technologies géospatiales, par le simple processus de vulgarisation des usages et des pratiques. La variable déterminante de l’efficacité sociale du Géoweb participatif réside dans son statut social et dans la manière (et l’intensité) avec laquelle les utilisateurs se l’approprie et l’utilise (Roche, 2003). L’intérêt du grand public pour la cartographie personnelle et la géolocalisation, la quantité d’information géographique crée ainsi que les nombreuses initiatives qui se développent illustrent bien le fait que le Géoweb participatif au même titre que le Web 2.0 ne se limite pas à la seule dimension récréative. On constate que la cartographie en ligne est en mesure de mobiliser de plus en plus la contribution voire la collaboration des internautes. L’exemple de l’adaptation de l’industrie du géospatial aux évolutions du Géoweb montre bien que de nouvelles possibilités sont à envisager pour la géomatique professionnelle sur le plan des technologies, des pratiques et des contenus. En élargissant la réflexion aux collectivités locales et aux processus participatifs d’aménagement du territoire, de nombreuses perspectives se dessinent. Il nous semble que les nouvelles technologies et pratiques issues du Web et du Géoweb participatif renouvellent la manière d’envisager la question de la participation publique par le biais de la cartographie en ligne et de l’information géographique volontaire. Les technologies géospatiales participatives représentent de nouveaux instruments de communication et de proximité entre les collectivités et les citoyens. Nous insistons sur leurs potentiels les collectivités dans leurs pratiques de gestion et d’aménagement urbain (remontés de connaissances locales, hybridation de données, mécanismes encadrés de crowdsourcing). De facto, l’information géographique volontaire représente un nouveau mode d’expression citoyenne. De même que les contenus géolocalisés produits constituent de nouvelles formes de représentations spatiales potentiellement exploitables par les collectivités. La cartographie en ligne participative constitue un nouveau moyen de formaliser et de mobiliser les connaissances locales et les retours (problèmes, propositions) des habitants sur des thématiques territoriales à enjeux (transports, éducation, loisirs, environnement, sécurité). Ces informations géographiques volontaires, peu ou pas 25 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 formalisées, issues de la base, constitue un potentiel d’enrichissement aux SIG institutionnels, dans une perspective de gestion territoriale participative, tout en offrant un accès privilégié aux représentations et pratiques spatiales des habitants. VGI can be facilitated through digital mapping systems and used as a public participation tool. Additional research is needed to develop recruitment methods that foster diverse participation, ways of validating the expertise of participants and the quality of the information they provide, and appropriate ways of sharing the collected data can be shared beyond its initial purpose [...] VGI is to be used at a broader level and implemented as part of spatial data infrastructures to complement the authoritative or ‘official’ data that make up the backbone of many geographic information systems (Seeger, 2008). De plus la diffusion grand public du Géoweb participatif élargit le spectre du public potentiellement concerné par des démarches de participation territoriale. Le Web 2.0 fournit un environnement dynamique de diffusion de masse aux technologies géospatiales participatives. Pour Sui, « the VGI will intensify the need of research in the tradition of public participation of GIS but with a much enlarged public » (Sui, 2008a). De nouveaux types de public qui habituellement étaient peu investis dans les démarches participatives locales sont potentiellement mobilisables (jeunes actifs, étudiants, citadins). De même que pour les communautés et associations locales, la cartographie participative peut représenter un instrument de légitimation voire d’autonomisation. Il paraît donc pertinent de cerner de quelles manières ces nouvelles technologies, de même que les pratiques et les contenus crées peuvent jouer le rôle de lien entre : 1 • • • Des usagers également citoyens qui s’approprient, utilisent et développent des technologies jusque-là réservées aux professionnels et créer de l’information géographique. Des collectivités qui doivent s’adapter aux attentes des citoyens et aux nouveaux cadres règlementaires en matière de participation publique et d’accès à l’information géographique. Une industrie du géospatial qui doit s’adapter aux nouvelles logiques de productions, de diffusion et d’utilisation de l’information géographique. En découle une réflexion concernant à la fois : • • • • Les modalités de développement et d’usages de ces technologies à la fois par les amateurs et les professionnels (industrie du géospatial et collectivités). Les nouvelles pratiques spatiales du public, en ligne ou sur le terrain. Les modalités de production et d’utilisation des nouveaux contenus géolocalisés. Les nouvelles formes de représentations spatiales utilisées, les connaissances locales qu’elles incarnent et les formes de cartographies émergeantes. 26 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 4.2.1 Question générale de recherche Le Géoweb participatif se définit par de nouvelles pratiques spatiales axées sur le partage, l’interaction et la participation. Les potentialités techniques existent, les supports de diffusion et de démocratisation aussi. La question consiste davantage à savoir si les collectivités sont prêtes et ont des intérêts à mettre en place et à mobiliser ce type d’initiatives. La question centrale de cette recherche consiste donc à comprendre et analyser : Quelles sont les intérêts et les stratégies possibles pour les collectivités locales de prendre en compte les évolutions induites par les technologies géospatiales grand public et l’information géographique volontaire dans la gestion territoriale participative ? 4.2.2 Questions secondaires de recherche • La géomatique grand public incarne-t-elle un nouveau moyen de mobiliser et de faire participer les citoyens à la vie du territoire dans de nouveaux cadres de travail ? • Comment l’information géographique volontaire peut-elle être intégrée au sein des SIG des collectivités et utilisées dans le cadre de processus d’aménagement du territoire ? • De nouvelles logiques d’acteurs comme les partenariats avec des associations locales, des entreprises ou des communautés de pratiques sont-elles possibles et selon quelles modalités ? 4.3 Revue de littérature et principaux concepts Les questions que nous venons d’énoncer s’inscrivent dans divers axes de recherche développés par Elwood, Crampton, Kingston, et Nyerges sur les liens entre le Web 2.0, l’information géographique volontaire et les PPGIS (Crampton, 2009 ; Elwood, 2007a ; Elwood, 2007b ; Elwood, 2008a ; Elwood, 2008b ; Kingston et Smith, 2007 ; Nyerges, 2007, Tulloch, 2008). Nous nous plaçons également dans la suite de questionnements soulevés par Joliveau, Pornon, Noucher et Roche (Joliveau, 2005 ; Joliveau, 2008a ; Pornon et Noucher, 2007b, Noucher, 2008, Roche, 2004 ; Roche, 2008). Sur le plan des sources et des concepts mobilisés, il convient de les regrouper par cadres de références théoriques. Tout d’abord, nous nous appuierons essentiellement sur la littérature francophone du domaine de la géographie humaine et sociale (Bailly, 1992 ; Bailly, 2003 ; Brunet, 2005 ; Charvet, 2002 ; Di Meo, 1998 ; Fournier, 2007 ; Vanier, 2007 ; Wackermann, 2000, Séchet et Veschambre, 2006) pour tout ce qui concerne les concepts géographiques comme territoire et société. Comme référence aux thématiques de l’aménagement du territoire et des stratégies d’acteurs, nous utiliserons les travaux de géographes francophones (Debarbieux et Vanier, 2002 ; Debarbieux et Lardon, 2003 ; Gumuchian, 1991 ; Gumuchian et al., 2003). Enfin pour tous ce qui concerne le 27 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 domaine de la gestion territoriale participative nous mobiliserons différents travaux francophones (D’Aquino, 2001 ; D’Aquino, 2002 ; Gislain, 2004 ; Guay, 2008 ; Bertacchini, 2000). Les sources liées aux concepts du Web 2.0 crowdsourcing, user generated content, technologies participatives ou nouveaux espaces de citoyenneté se matérialisent sous la forme d’ouvrages de références (Maillet, 2006 ; Tapscott, 2007 ; Pisani et Piotet, 2008), de travaux universitaires (Audras, 2008) et de présentations émanent de consultant du Web 2.0 (Membrado, 2008 ; Ogez, 2008 ; Guillaud, 2008, Useo, 2008 ; Useo, 2009). Les sources bibliographiques concernant le phénomène du Géoweb participatif sont très récentes et majoritairement anglophones. Nous utiliserons comme base les travaux de Goodchild et plus généralement des participants du Workshop de Santa Barbara (2007) qui portait sur l’idée d’information géographique volontaire (Goodchild, 2007a ; Goodchild, 2007b ; Maguire, 2007 ; Khun, 2007 ; Craglia, 2007). À la suite de ces travaux, Goodchild introduit l’idée d’user-generated geographic content (Goodchild, 2008). Pour tout ce qui concerne l’aspect Neogeography, on trouve essentiellement des communications de colloques (Turner, 2006 ; Turner, 2007 ; Bez, 2007 ; Jekel, 2007). On peut souligner la publication récentes de quelques articles sur le sujet dans des revues de géomatique (Fisher, 2008b ; Fisher, 2008c ; Parson, 2008 ; Walsh, 2008) mais aussi de géographie (Crampton, 2009 ; Elwood 2008a ; Elwood, 2009:). En ce qui concerne les travaux francophones, nous utiliserons une étude récente s’intitulant Cartographie numérique et développement des territoires, faite à la demande de l’Observatoire des Territoires Numériques (Jarnac, 2008). Nous disposons également de communications de professionnels de l’industrie du géospatial (Euvrard, 2006 ; Euvrard, 2008 ; Haÿ, 2008 ; Tuffery, 2008 ; Vaillancourt, 2008). On peut aussi citer quelques communications d’universitaires sur la thématique (Joliveau, 2008a ; Joliveau, 2008b ; Roche, 2008). Les sources liées à la géomatique sont de deux types, d’un côté nous utiliserons essentiellement des travaux et des ouvrages francophones pour tous ce qui concerne la géomatisation des organisations et l’approche non technique des SIG (Chrisman, 1994 ; Longley et al., 1999 ; Roche, 2001 ; Roche et Caron, 2004, Pornon, 1998 ; Bordin, 2004). En revanche comme bases bibliographiques concernant la géomatique participative et les PPGIS nous nous appuierons essentiellement sur des travaux anglophones (Jankowski et Nyerges, 2001 ; Craig et al., 2002 ; Nyerges, 2007, Elwood, 2007a, Elwood, 2008 ; Ghose et Elwood, 2007 ; Sieber, 2006 ; Ghose, 2007, Kingston, 2007 ; Kingston et Smith, 2007). Les travaux francophones se limitent encore à quelques chercheurs (Roche, 2004 ; Roche, 2007 ; Joliveau, 2004). Enfin nous mobiliserons le concept de géocollaboration (Hopfer et McEachren, 2007, Pornon et Noucher, 2007 b ; Noucher, 2008). 28 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 5. Objectifs et hypothèses La recherche vise deux types d’objectifs. Des objectifs d’ordre scientifique concernant les effets du Geoweb participatif à la fois sur les interactions entre les sociétés et leurs territoires et sur le développement des sciences de l’information géographique. Et des objectifs d’ordre opérationnels, lesquels se matérialisent par la conception d’un guide de bon usage du Géoweb participatif et de l’information géographique volontaire à destinations des collectivités territoriales. 5.1 Objectifs scientifiques Objectifs principal : Étudier les caractéristiques du phénomène de démocratisation de la géomatique sur Internet dans le but d’améliorer les connaissances sur le sujet. L’objectif est de préciser et d’affiner les notions et les concepts liés aux nouvelles pratiques spatiales, aux nouveaux usages et aux nouvelles formes d’information géographique en ligne afin de mieux cerner les potentiels impacts du Géoweb participatif sur la société. Objectifs secondaires : • Analyser, classifier et caractériser les technologies (fonctionnalités, accessibilité, possibilités), les contenus disponibles (formats, thématiques, logiques de production et de diffusion) ainsi que les pratiques (usages et usagers). • • • Evaluer et déterminer les potentialités des techniques et des contenus pour les collectivités. Mettre en perspective la démocratisation de la géomatique avec le développement des sciences de l’information géographique. Apporter de nouveaux éléments de compréhensions et de prospectives conceptuelles sur le plan des interactions entre les sociétés, les territoires et les technologies géospatiales. 5.2 Objectifs opérationnels Objectifs principal : Nous estimons que la création d’applications composites cartographiques qui mixent et agrègent diverses sources dans le but de faire participer implique la formalisation d’objectifs de départ, un accompagnement dans le déploiement des outils et une bonne communication autour de la mise en place de ces services. Cela justifie pleinement l’utilité de concevoir ce guide qui pourra sensibiliser, informer et donner des conseils aux collectivités désireuses d’utiliser les potentialités du Géoweb participatif. Il est aussi envisageable de rédiger une fiche technique du CNIG15 sur les possibilités du Géoweb participatif. 15 Fiche publiée par le Conseil National de l’Information Géographique à destination des maîtres d'ouvrages publics souhaitant investir dans des projets géomatiques. 29 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Objectifs secondaires : À la suite de ce guide, il convient également de mettre en place une expérience de cartographie participative sur la base d’un WikiSIG ou d’un mashup cartographique dans le cadre d’une consultation publique. La rédaction d’un blog scientifique afin de pouvoir diffuser les résultats de la recherche et interagir avec différents utilisateurs du Géoweb est aussi envisagée. 5.3 Hypothèses de travail exploratoire • Le développement du Géoweb participatif s’accompagne de nouvelles techniques et méthodes permettant une participation plus (inter)active aux débats publics. Les technologies géospatiales participatives se positionnent comme des instruments de proximité et de participation locale. La génération d’espaces participatifs induits par la combinaison du Web 2.0 et du Géoweb offre de nombreuses opportunités aux collectivités en quête de proximité avec leurs citoyens ainsi qu’aux communautés d’usages et de pratique pour une meilleure autonomisation et reconnaissance. • L’information géographique volontaire ne se limite pas à une dimension amateur et récréative, elle représente un fort potentiel dans la compréhension de l’espace et des territoires. Elle incarne un nouveau type d’information géographique représentant un savoir local complémentaire aux données institutionnelles déjà existantes. • On peut voir dans le développement de la cartographie en ligne grand public et de l’information géographique volontaire, des éléments pour une nouvelle génération de PPGIS. La convergence des techniques et des pratiques renouvellent les logiques et surtout les cadres de participations. Ils sont moins formels et plus en liens avec les attentes et les habitudes des citoyens qui sont amenées à de plus en plus utiliser Internet dans leur quotidien. 6. Méthodologie 6.1 Phase exploratoire (approche inductive) Dans le cadre de notre étude, il est évident que l’inexistence d’une théorie établie sur la question de l’évaluation des impacts du Géoweb participatif sur la gestion territoriale participative nous amène à regarder cette recherche dans une logique visant à la compréhension de ce phénomène, plutôt que de prétendre à sa quantification. Ainsi, nous nous inscrivons dans une logique inductive exploratoire et favorisons pour cette étude les méthodes qualitatives de recherche. Ce positionnement méthodologique est lié au caractère récent des nouveaux usages et pratiques du Géoweb et à la carence de références solides sur le sujet. Le contexte de développement de ce phénomène et son caractère transdisciplinaire est à l’origine d’un foisonnement d’interprétations et de positionnements souvent plus idéologiques que factuels, d’où la nécessité d’un véritable travail d’observation et de la classification. De plus, le Géoweb et plus spécifiquement le Géoweb participatif est un phénomène qui 30 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 connaît une évolution d’usage et un développement technique permanent. Il s’agit durant cette phase exploratoire de collecter les informations nécessaires et pertinentes pour formaliser plus précisément les objets et les questions de recherche, poser des hypothèses de recherche plus solides et identifier des terrains d’étude (espaces laboratoires) possibles. 6.1.1 Grounded Theory, la production de la théorie à partir des données La Grounded Theory ou « théorie ancrée » est une méthode de recherche inductive qui a pour but de générer une théorie à partir des données recueillies plutôt que d’analyser des données en fonction d’une théorie existante (Fortin, 1996). Cette approche favorise l’innovation scientifique par une méthode qualitative d’enracinement de l’analyse (Glaser, 1992). Cette approche méthodologique qualitative a pour objet la génération de nouvelles théories en se fondant sur des faits observés. Les données empiriques y servent de point de départ au développement d’une nouvelle théorie sur un phénomène. En accomplissant une phase exploratoire en se référant à son « vécu », en lisant la documentation scientifique, en consultant des confrères et en se livrant à des observations exploratoires, le chercheur qui adopte notre démarche devrait normalement choisir, modifier ou construire une théorie relativement bien « ancrée » dans la réalité […] Une observation inductive est donc censée venir de la réalité elle-même plus que de l’imagination ou des prénotions du chercheur (Dépelteau, 2000). Dans notre cas, l’observation et le recueil de faits permettra de conceptualiser un cadre théorique de recherche du Géoweb participatif. Partant de constats et de faits observés (lectures, exploration du Géoweb, tests des solutions existantes). L’objectif consiste à construire une nouvelle théorie sur l’utilisation des nouvelles technologies géospatiales et de l’information géographique volontaire dans les processus participatifs et géocollaboratifs. • Première étape : Observer les faits, dégager les grandes tendances, décrire, comparer, expliquer et tester les nouvelles technologies géospatiales. Quels sont les possibilités, les initiatives, les acteurs, les logiques, les évolutions, les finalités, etc. • Deuxième étape : Regrouper les observations en points principaux (codes) qui permettent d’identifier des ancrages. Nouvelles techniques, nouvelles pratiques spatiales, nouvelles logiques et nouveaux contenus. • Troisième étape : Regrouper ces codes en concepts (collections). Cartographie personnelle, information géographique volontaire, cartographie participative, spatial crowdsourcing, etc. • Quatrième étape : Analyser et classifier des outils, des pratiques et des contenus dans leurs contextes techniques et sociaux. • Cinquième étape : Créer la théorie (collection d’explications qui expliquent l’objet de recherche et explicite la problématique et les hypothèses). 31 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 6.1.2 Outils mobilisés et recherche préliminaire Travail de collecte de données et de classification • Collecter des exemples d’utilisations des nouvelles technologies géospatiales à la fois par les particuliers, les associations, les entreprises et les collectivités territoriales. • Référencer les nouveaux services cartographiques (informatifs, contributifs et collaboratifs), les classifier selon les possibilités techniques et les modalités d’utilisations • Identifier et décrire les communautés de pratiques et d’usages à la fois dans les milieux professionnels mais aussi au sein du grand public (passionnés, associations, etc.). • Dresser dans un premier temps un état de l’art du Géoweb à partir des discussions sur le Web, dans les différents blogs et forums. • Effectuer une revue de littérature scientifique afin de recenser les différentes recherches et analyses effectuées, tant en France que dans les pays anglo-saxons, sur la question du développement du Géoweb participatif. • Dresser plusieurs typologies : Technologies / Stratégies de production / Pratiques et usages / Contenus / Utilisation des techniques et contenus. Analyse et statistique textuelle Nous pensons qu’une analyse de type statistique textuelle peut permettre de mettre en avant et de classifier les concepts et notions utilisées dans la littérature et de fait mieux cerner le phénomène du point de vue de la communauté scientifique et de l’industrie du géospatial. Pour ce faire, cette analyse se base sur la mise en relation de plusieurs documents afin de quantifier la fréquence des mots utilisés. Dans une deuxième phase, une analyse lexicale sera mise en place. Pour le moment un corpus de soixante sept documents (article et communications scientifiques) en anglais a été constitué ainsi qu’un de quarante en français. Sur la figure ci-dessous, on peut voir le classement d’une analyse du nombre d’occurrences les plus utilisées dans un corpus de trente textes anglophones. Ce premier rendu correspond à une expérimentation à la fois technique et méthodologique de la future analyse lexicale. Figure 4 : Les mots les plus utilisés dans les travaux anglophones 32 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 Cartographie thématique et analyse critique des POI Les nouvelles formes d’information géographique mobilisent de nouveaux types de figurés visuels. Il paraît pertinent de faire le point sur ces nouvelles représentations spatiales du point de vue des variables visuelles mobilisées. Il serait aussi intéressant de procéder à une analyse critique des POI au sein de quelques services cartographiques afin d’analyser la pertinence et la précision des informations présentes (comparaison entre des informations géographiques labélisées et volontaires). Enfin, une étude des logiques de distribution des POI par l’analyse spatiale des contenus géolocalisées (photos, vidéos, avis, articles, etc.) se révèle intéressante pour cerner de nouvelles dynamiques locales. On peut citer comme exemples, la pénétration du Web 2.0 au sein des territoires ou encore les représentations en ligne des territoires véhiculées par l’information géographique volontaire. Entretiens exploratoires • Entretien avec différents acteurs du Géoweb (utilisateurs, professionnels du domaine, passionnés), de manière à identifier les tendances, les logiques, les modèles d’affaire, voir les initiatives, les projets, les expériences. Des contacts sont par exemple déjà été établis avec des représentant de dismoioù, NavX où Poly 9. • Entretiens avec des chercheurs en géographie, aménagement et géomatique afin de cerner les l’image et les potentialités du développement du Géoweb du point de vue de la communauté scientifique. Il s’agit de s’informer sur les autres problématiques abordées, les axes de recherche similaires, les concepts et notions utilisés ainsi que les terrains étudiés. 6.2 Phase opérationnelle Dans le cadre de cette deuxième phase du projet, l’accent sera mis sur des études de cas (comme espace laboratoire) selon une approche hypothético-déductive. Les théories et hypothèses produites préalablement y seront confrontées au terrain. Ces études de cas, suivant la méthode proposée par Yin (Yin, 2000), s’appuieront sur une démarche de triangulation des sources mobilisant des entretiens, des analyses de discours et de rapports, ainsi que des observations in situ. 6.2.1 Objectifs de l’approche Il s’agira à ce stade de constater et d’expliciter l’utilisation et d’analyser la formation des usages du point de vue des usagers des technologies géospatiales participatives. Il conviendra également de voir quels rôles peuvent jouent ces nouveaux outils et contenus dans des cadres opérationnels de gestion participative du territoire. Un des objectifs préalable est de suivre les premières initiatives et d’analyser les premières applications et réalisations. Le second s’attachera à apporter un autre regard et une certaine expertise aux collectivités dans le cadre de leurs projets en lien avec le Géoweb et l’utilisation des technologies géospatiales participatives. 33 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 6.2.2 Outils mobilisés L’approche méthodologique et les outils utilisés seront d’une part de nature quantitative, avec par exemple la mise en place d’enquêtes auprès des services SIG des collectivités par le biais de questionnaires sur leur rapports avec les nouvelles techniques, pratiques et contenus géolocalisés. Mais la recherche s’appuiera majoritairement sur des méthodes plus sociologiques et qualitatives. Les méthodes qualitatives de recherche sont les plus adéquates pour des études qui cherchent à décrire une situation sociale, un phénomène nouveau ou innovateur, ou un groupe ou un processus, afin d’y atteindre une compréhension plus approfondie (Denzin et Lincoln, 2003). Elles ont été développées pour aider les chercheurs à mieux comprendre les individus et les contextes sociaux et culturels dans lesquels ils sont enracinés (Patton, 1987). Ce type de recherche s’avère pertinente pour explorer en profondeur les problématiques plus contemporaines, car les données collectées ne sont pas délimitées par des catégories d’analyse prédéterminées. La méthode d’investigation qualitative adoptée dans la deuxième phase de la recherche se matérialisera sous la forme d’entretiens semi-directifs auprès de différents acteurs. Les acteurs seront par exemple des géomaticiens, des utilisateurs des nouvelles technologies géospatiales, de futurs utilisateurs, des élus et des citoyens. L’élaboration de grilles d’entretien est en ce sens une étape obligatoire. À ces entretiens viendront aussi s’ajouter des analyses du discours et des observations participantes. 6.2.3 Dimension prescriptive et opérationnelle Cette recherche a aussi pour vocation une dimension prospective et prescriptive qui ne peut se mettre en place qu’après un long travail d’observation qui se matérialisera sous la forme de suggestions et de préconisations. Les résultats de la phase exploratoire, permettront de mieux informer les décideurs et les experts sur les politiques à mettre en place (techniques disponibles, initiatives possibles, exemples, protocole de développement, etc.) dans le but de répondre de manières appropriées et cohérentes aux attentes et aux besoins grandissants des collectivités en termes de méthodes et d’instruments pour l’information et la participation publique. Le but est de concevoir un guide du bon usage du Géoweb 2.0 dans les démarches territoriales participatives à destination des collectivités locales, tant au niveau des techniques, méthodes et données. On retrouvera dans ce guide une introduction et un état des lieux du Géoweb participatif (techniques, contenus, potentialités, enjeux), ainsi qu’une partie sur des initiatives possibles (méthodologie, objectifs, retombées possibles, protocole, etc.). La participation à la mise en place d’un projet de cartographie collaborative de type WikiSIG dans le cadre d’un processus participatif d’aménagement du territoire est aussi envisageable. Cette analyse de l’utilisation d’un WikiSIG dans un cadre opérationnel viendrait conforter la recherche en 34 Boris Mericskay - Projet de recherche de doctorat - 2009 apportant des éléments de compréhensions à l’utilisation de cette nouvelle forme de cartographie. L’observation et l’analyse du déploiement d’un tel projet pourrait aussi permettre de voir quels sont les forces et les faiblesses de ce type d’initiatives, permettant ainsi d’améliorer l’utilisation de ces techniques et ainsi pouvoir poser un cadre plus solide pour la suite de la recherche. 7. Bibliographie ARSTEIN, Sherry (1969) A ladder of citizen participation. Journal of the American Planning Association, 35 (4): 216-224. AUDRAS, Jean Baptiste (2008) L’appropriation des dispositifs participatifs sur Internet par les collectivités territoriales. Université Stendhal - Grenoble 3, Institut de Communication des Médias, mémoire de maîtrise. BAILLY, Antoine et al. (1992) Encyclopédie de la géographie. Paris, Economica. BAILLY, Antoine et BEGUIN, Hubert (2003) Introduction à la géographie humaine. Paris, Armand Colin. BARITAULT, Alain (2007) Quels outils du Web 2.0 pour les collectivités locales. Cités Numériques, 12 : 30-32. 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