L’expression HO EPI PASI THEOS de l’Ancienne Académie à Origène et dans le Commentaire anonyme sur le Parménide more

Science et Esprit, 57, 3 (sept.-déc. 2005), p. 199-214.

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lJexpression HO EPI PASI THEOS de lAncienne Académie à Origène et dans le Commentaire anonyme sur le Parménide The Problem of Motion: Mediaeval and Modern Ton nom pour toujours Nouvelle étude structurelle du Psaume'tj5 Bachelard and Foucault ls lt Possible to Frame a Comparison ofTheir Historical Methods within the Conturt of Tradition? lr colt-Ècr uN lvERstrAt RE DoM tN tcAr N les ÉorrroNs BELLARM rN science et Esprit,5713 (2005) 199-214 lJexpression HO EPI PASI THEOS de I'Ancienne Académie à Origène et dans le Commentaire anonyme sur le Parménide Snncr Ceznr-eIs La question du milieu de production du Commentaire anonyme sur le Parménide qui était contenu dans un palimpseste aujourd'hui malheureusement disparu à la suite de l'incendie de la bibliothèque de Turin en i904 est complexe. Depuis les travaux de Pierre Hadot qui en a publié l'édition de référencel, ce texte fragmentaire est généralement considéré comme étant l'æuvre de Porphyre. Afin de formuler cette hypothèse d'attribution, P. Hadot s'est appuyé principalement sur la doctrine métaphysique du lrailé et sur la présence de structures conceptuelles et philologiques qu il avait jugées similaires à ce que nous savons par ailleurs de Porphyre2. Dans un article plus récent, il réitère sa conviction et affirme ceci: <jusquià nouvel ordre, je continue à croire que Porphyre est I'auteur des fragments du Commentaire sur le Parménide que je lui ai attribués3 >. Concernant les caractéristiques doctrinales du Commentaire anonyme, les travaux de Gerald Bechtle de même que ceux de Kevin Corrigan et ceux de John D. Turnera remettent en question cette attribution à Porphyre, de même 1. Les principales éditions de ce textes sont les suivantes: B. PsvnoN, <Notizia d'un antico evangeliaro bobbiese che in alcuni fogli palimpsesti contiene frammenti d'un greco trattato di filosofia >,RlvÀta difilologia), (1873),p.53-71tW.Knorr,< EinneuplatonisherParmenideskommentar in einem Turiner Palimps est>, Rheinisches Museum, 47 (1892), p. 599-627 . Une nouvelle édition critique avec une traduction française fut publiée par P. Heoor, Porplryre etVictorinus,2 tomes, Paris, Études Augustiniennes, 1968 t. 2, p. 64-113. lédition la plus récente est celle de Gerald Bncurr.n, The Anonymous Commentary on Plato's "Parmenides", Bern-Stuttgart-Wien, Verlag Paul Haupt, 1999. 2, Pierre Heoor, (Fragments d'un commentaire de Porphyre sur le Parménide>, Re",ue des études grecques,T4 (1961), p.410-438. [Reproduit dans Pierre Heoor, Plotin, Porplryre: É,tudes néoplatoniciennes, Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 281-316]. 3. PierreHeoor,<PorphyreetVictorinus:Questionsethypothèsesr,ResOrientales9(1996), p.125. 4. Gerald Bncutr.n, The Anonymous Coffiffientary; Kevin Connrcen, <The Anonymous Commentary onthe Parmenides: Middle or Neoplatonic? >>, Gnosticism and Later Platonism,J.-D. TunNen and Ruth MeJnncrr ed., Atlanta, Society of Biblical Literature, 2000, p.I4I-177; John D. Tunxsr, Sethian Gnosticism and the Platonic Tradition, (Bibliothèque copte de Nag Hammadi, section nÉtudes> 6), Québec, Louvain et Paris, Les Presses de l'Université Laval, Éditions Peeters, 2001, p. 396-40s. S. CAZELAIS que le milieu de production du Commentaire anonyme sur le Parménide. Ces chercheurs proposent de voir en ce texte un produit du médio platonisme antérieur à Plotin et à Porphyre. Cet article veut lui aussi remettre en question la paternité porphyrienne de ces fragments anonymes en examinant un des arguments philologiques mis de I'avant par P. Hadot. Il s'agit d'une expression qu il reconnaît à la fois chez Porphyre et dans les fragments anonymes et qui est la suivante: ô èæi nûorv 0zôç (ho epi pasi(n) theos).I s'agirait selon lui d'un trait caractéristique qu il considère comme étant <presque une signature de Porphyres>. IJargument de P. Hadot est à nouveau mis de I'avant dans un ouvrage récent sur Porphyre. Marco Zambon signale en effet spécifiquement la présence de I'expression <le Dieu qui est au-dessus de tout > (ô èrui nûorv 0eôç) dans le Commentaire anonyme. II place cette expression au rang des <indices positifs> et des <termes assez typiques de Porphyreo afin d'accepter I'attribution à Porphyre des fragments anonymes. Selon M. Zambon, I'attribution à Porphyre des fragments anonymes serait encore < celle qui réussit le mieux à expliquer l'ensemble des données à notre disposition6 >. Il va sans dire que ce fait linguistique mis en valeur par P. Hadot et M. Zambon semble peser lourd en faveur de I'attribution à Porphyre du Commentaire anonyme sur le Parménide.Pour nous, il n'en va pas ainsi et nous voyons les choses autrement. II ne nous semble pas que cette expression soit tlpique de Porphyre. Cette expression, nous le verrons, est en effet beaucoup plus répandue dans I'ceuvre d'Origène, un auteur chrétien du troisième siècle que chez Porphyre. De toute la littérature grecque ancienne qui nous soit parvenue, Origène est I'auteur qui I'a utilisée le plus souvent. De plus, d'autres auteurs antérieurs à Porphyre 1'ont aussi utilisée, une chose qu avait pourtant bien notée P. Hadot. Dans son ouvrage consacré aux fragments de ce texte anonyme, G. Bechtle a pour sa part bien souligné le caractère non spécifiquement porphyrien de cette expression. I1 écrit en effet: < I believe that the parallel ô èrui æôorv 0eôç, made much of by P. Hadot and his followers, has nothing specific enough in it to claim a Porphl"rian authorship for the CommentaryT.>> Il souligne que <the formula rather seems to be a particular characteristic of Origen in whose work it is attested several dozen timess. > Nous voulons donc montrer dans cet article que sur des bases philologiques, historiques et statistiques, l'expression ô ènï æûorv 0eôç ne devrait pas être mise au rang des arguments positifs qui permettraient d'identifier Porphyre comme étant l'auteur des fragments dt Commentaire anonyme sur le Parménide. 5. Pierre Haror, < Fragments d'un commentaire de Porphyre sur Ie Parménide>, p, 434 6. Marco ZeMeoN , Porphyre et le moyen-platonisme,Paris,Yrrn,2002, p. 36-37 et 40. 7. Gera1d Bacsrrp, The Anonymous Commentary, p.248. 8. Gerald Bacrirrn, The Anonymous Coffimentary, p. 248, note 680. L'EXPRESSION rlo EPI PASI TIiEOS 2r)1 Nous commencerons par faire un bref êlat de la question en examinant les occurrences de I'expression dans \e Commentaire anonyrne sur le Parménide afin de voir s'il s'agit d'une marque du style et de la doctrine propre de I'auteur ou bien s'il pourrait s'agir d'emprunts de sa part. Nous examinerons ensuite les arguments qt/avaient mis de l'avant Pierre Hadot et avant lui Hans Lewy, afin de proposer de voir en cette expression une marque porphyrienne, arguments qui semblent avoir été considérés comme étant significatifs par M. Zambon dans son ouvrage récent sur Porphyre. Nous verrons ensuite quelques notions de syntaxe grecque sur l'utilisation de la préposition èrui. Nous présenterons ensuite d'autres occurrences de cette expression chez des auteurs non porphyriens, toutes des occurrences qui étaient déjà connues de H. Lewy et de P. Hadot. Nous produirons enfin un index partiel des occurrences de cette expression chez Origène et nous verrons que, même chez Origène, certaines occurrences sont des citations ou des réminiscences de ChrysipPe, un philosophe stoïcien du deuxième siècle avant notre ère. Suivront enfin quelques exemples significatifs de I'utilisation de cette expression dans l'æuvre d'Origène. État de la question Dans son premier article de 1961 consacré au Commentaire anonyme sur Ie Parménide, P. Hadot accordait beaucoup d'importance à la langue du texte. Selon le chercheur français, parmi plusieurs traits philologiques, la présence d'une expression particulière I'autorisait à attribuer, presque à coup strr préciset-il, les fragments du palimpseste de Turin à Porphyre. On y retrouve en effet trois occurrences de I'expression ô èni ruûotv 0eôq. En relevant trois occurrences de cette expression dans le texte anonyme, Pierre Hadot écrivait alors quil s'agissait d'<une expression qui est presque une signature de Porphyre> puisque ce dernier < I'emploie avec prédilection: six fois dans les ouvrages que nous possédons encoree>. Il nous semble pertinent de reproduire les extraits du Commentaire anonyme dans lesquels cette expression se trouve et de les commenter brièvement lorsqu'il sera nécessaire de le faire. Voici le premier: 'App(tor.r 1ùp roi drotovopdotou ôrù nolÀà toô êæi æôorv ôvtoç Oeoô ôpo4 oô ôrù ropéXÀeryrv tflç Quo<eroç> oùtoû tuylriver ôç 11 toô èvôç ëworo' (An. In Parm. I p. 1, Fol. 9l' 3-6)'o Car bien que le Dieu qui est au-dessus de tout soit indicible et innommable au plus haut point, pourtant, ce n'est pas à cause d'un défaut de sa nature que lui advient précisément la notion d'Un. (Traduction Hadot)11 9. Pierre Heoor, ( Fragments d'un commentaire de Porphl're sur Ie Parménide>, p, 434. 10. Gerald Becntrn, The Anonymous Commentary, p.27. 11. Pierre Heoor, Porphyre etVictorinus, tomes 2, p.65. 202 S. CAZELAIS Cet extrait est précédé d'une formule malheureusement lacunaire, puisque le fragment commence brusquement de cette façon, que P' Hadot traduit ainsi: < ... s'appuyant de la sorte sur cette dénomination, il présente ses arguments. Or celui qui imagine ces choses, il n'atteint pas la connaissance exactel2 r. À lire cet extrait, il nous est permis de supposer que I'expression <le Dieu qui est au-dessuso désigne I'objet de discussion dans Ia partie perdue du texte. Il pourrait donc ne pas nécessairement s'agir d'une expression caractéristique de l'auteur du texte. Cependant, puisque la partie qui précède est perdue, nous ne nous servirons pas de cet exemple précis afin d'appuyer notre démonstration, nous utiliserons principalement les deux extraits qui suivront. Le deuxième extrait nous semble devoir être associé à une position de Speusippe. L.Tarân voit en effet dans ce texte un fragment de Speusippe qui porte dans son édition le numéro 49bt3. S'il en est bien ainsi, sa présence n'aurait donc rien de spécifique au style ou à la doctrine de I'auteur. À la lecture, et malgré les nombreuses lacunes et tentatives de reconstitution d'un texte malheureusement fort corrompu, nous constatons en effet qu'il s'agit bien d'une des positions philosophiques de Speusippe qui est mise en examen par l'auteur anonyme: Oïreis oôv oùt',1 nooôv tôv cilÀolv npooqyoptôv tQ eæï æôot OeQ roi t<..> æepï oôtoô <.....> oupQuÀoç, ei pt1 trç ôtà oprrpôqto ôonep InetolTrTroç Kd1 f TrpoÀroç svovt <..> ov <..> tlç T ôrà tô ndvu opr"rpôv roi pi1 dcrorpetàv ei>vor rotoQéporto êæï æpô1ptl trlÀotprdtotov toO Oeoû oroÛooç tô ë<v>. (An. In Parm. I, p. 1, Fol. 97' 77 -24)14 Cette dénomination est donc, parmi toutes les autres, celle qui convient au Dieu qui est au-dessus de tout et... à son sujet ... elle est appropriée, à condition que l'on (ne fasse pas> comme Speusippe et ... <en ne voyant dans I'Un que la> petitesse ... et qu'à cause de sa petitesse et de son indivisibilité, on ne se laisse entraîner, en entendant le mot Un, vers la chose qui est Ia plus étrangère à Dieu. (Traduction Hadot)15 Un dernier extrait veut invalider une position stoïcienne au sujet de la possibilité ou non de comprendre le <Dieu au-dessus de tout>. On se demandera alors si I'auteur du texte n'avait pas pu trouver cette expression dans une source stoicienne. Restons prudents, dans les circonstances, car le caractère fragmentaire du texte nous interdit de trancher la question. Notons toutefois que si tel était le cas nous n'aurions, encore une fois, pas affaire à une expression spécifique de I'auteur des fragments anonymes. Par ailleurs, nous verrons plus loin t2. Pierre Heoor, Porphyre etVictorinus, tomes 2, p.65. 13. L. TanÂN, Speusippus ofAthens, Leiden, E. J. Brill, 1981, p.152-153. 14. Gerald BecHrrs , The Anonymous Commentary, p. 2I. t5. Pierre Haoor, Porphyre et Victorinus, tomes 2, p. 67. L,EXPRESSION IIO EPI PASI TIIEOS 203 qu effectivement un auteur stolcien, en l'occurrence Chrysippe, semble avoir utilisé cette expression: Oi pèv oôv qnô fiç ltodç oôr oroyryvôoKoùolv ér ),6you yevéo0or civ ttvoç rordÀr1yrv æpalpritolv, tôv êri nôor ôè Oeèv op{1ovov eivor roto},opeÎv oô1 ôtr èr Àôyoo sÀI' oùôè ôrà vofoecoç' (An. In Parm.IY, p. 10, Fol. 92" 11-16)16 Les StoTciens ne méconnaissent pas que la compréhension des choses provienne d'un raisonnement; mais le Dieu qui est au-dessus de tout, il est impossible de Ie comprendre ni par un raisonnement, ni même par la pensée pure. (Tiaduction Hadot)r7 Comme nous venons de le voir, une fois bien replacée dans les contextes où elle apparaît dans le Commentaire anonyme sur Ie Parmënide, !'exptession ne semble pas être une marque propre du style ou de la pensée de I'auteur puisque dans au moins deux cas, elle intervient clairement au cæur de discussions sur des idées qui ne sont pas les siennes. Même s'il reconnaissait que < la formule semble provenir d'Apollonius de Tyane> et quelle avait aussi été utilisée par Celse qui écrit vers 180, P. Hadot concluait que < le fait que nous retrouvions trois fois ô èæi æûotv Oeôq en nos fragments, pourtant si courts, ne peut s'expliquer que si Porphyre est leur auteurls o. À la fin de son article, il ajoute que la seule présence d'une expression comme ô êrri ruôorv 0eôç, ainsi que de quelques autres traits philologiques qu il considère caractéristiques, <suffiraient à révéler que Porphyre est l'auteur de ces fragmentsre >. limportance qui est accordée à cette expression, dont la seule présence dans un fragment suffirait à identifier Porphyre comme étant son auteur, mérite qu'on s'y attarde et qu on examine les détails de cette question et les bases d'une telle attribution. Notre enquête prend son point de départ dans l'annexe de l'ouvrage posthume de Hans Lewy qui est justement consacrée à cette questionzo. Ces pages sont la source principale du développement sur lequel P. Hadot appuiera sa conclusion. Ce dernier dira à ce propos que c'est en se fondant presque uniquement sur la présence de l'expression ô éni ruûot Oeôq que H. Lewy avait attribué un extrait de la Préparation évangélique d'Eusèbe de Césarée à Porphyre2l. H. Lewy, qui se prononçait en effet en faveur de l'attribution à Porphyre de cette expression, dans ce cas précis de I'extrait d'Eusèbe, signale pourtant dans Gerald Brcnrrn, The Anonymous Commentary, p. 31. Pierre H,mor, Porphyre et Victorinus, tomes 2, p. 97. Pierre Henor, ( Frâgments d'un commentaire de Porphl're sur le Parménide>, p. 434. Pierre Henor, < Fragments d'un commentaire de Porphl're sur le Parménide >, p. 438. 20. Hans Lnwv, Chaldean Oracles and Theurgy, Michel T.rnueu, ed., Paris, Études Augustiniennes, 1978, Excursus XlI, p. 209 -512. 21. Pierre Heoor, < Fragments d'un commentaire de Porphl're sur le Parménide>, p. 434. 16. 17. 18. 19. 204 S. CAZELAIS une note qu'une expression semblable à ô èæi nôotv 0eôç est attestée à deux reprises dans le Nouveau Testament dans les lettres pauliniennes22. Dans 1'Ê,pître aux Rornqins 9, 5 nous lisons en effet: <ô ôv érti novtrrlv 0eôç eùÀoyqtôç eiç toùç uïôvaç> (<Lui qui est est au-dessus de tout' Dieu béni éternellement>). DansT'Epître aux Ephésiens 4, 6 nous lisons aussi : n eïç 0eôç roi noalp novtr,lv, ô ênï novtrrlv rcoi ôtù navtolv roï ev æôorv > (< Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout, par tout et en tous >). H. Lewy avait souligné que le cas employé ici, avec la préposition èni, était le génitif. Cette expression néotestamentaire, avec un génitif, revient très souvent, soulignait-il, sous la plume de nombreux écrivains patristiques. I1 signale entre autres, parmi ces derniers, Eusèbe de Césarée. À ce sujet il nous faut souligner que c'est pourtant ce même Eusèbe qui est la source de la majorité des occurrences dites porphyriennes, avec le datif, de cette expression. Nous y reviendrons en détail plus loin. Lutilisation d'un génitif plutôt que d'un datif avec la préposition éni serait, selon H. Leny, une différence très importante. Une différence qui marquerait, seion lui, une position théologique distincte. Pour notre part, nous mettons en question cette conclusion de H. Lewy puisque nous notons que dans la langue grecque koinè,l'utllisation des prépo- sitions fut assez flottante du premier au quatrième siècle, et principalement dans le Nouvequ Testament. Ces nuances entre le datif et le génitif avec énï semblent même avoir été très peu distinguées déjà dans la langue classique. À ce sujet, nous pouvons lire dans la Syntaxe grecque de Iean Humbert, quelques remarques intéressantes. Ce dernier a d'abord noté que la préposition êni exprimerait < avant tout I'image d'un contact avec une surface >' Le cas qui suit alors la préposition, que ce soit le génitif, le datif ou même un accusatif, se construit n sous des modalités différentes liées à la valeur même des cas employés>. On retiendra les explications suivantes qui sont directement liées aux exemples qui nous intéressent ici: 523 Le génitif réel, mais limité; transposé de I'espace au temps, il exprime une période défnie; pris en valew fgurée, il représente ce sur quoi on s'appuie conditions d'existence, arguments sur lesquels ou se fonde, particularité contact de I'objet avec Ia surface - qui est partitif - comporte, comme il est compréhensible, un - quiestàl'origined'unnom, autorité quelechef imprimeàsestroupes, de base d'une formation militaire, etc. .. - éIéments 524 Le datif est d'une interprétation plus difficile, parce que' si la plupart des emplois de ce cas concernent le locatif, il est d'autres valeurs qui reposent sur un datif proprement dit. Le locatif situe simplement l' objet sur Ia surface, sans qu'on se pose la question d'un contact partiel ou total: par ailleurs, le contact est souvent senti comme plus durable qu au génitif, encore que le même auteur puisse parfois passer de I'un à l'autre par simple procédé de style. D'une façon toute différente, 22. HansLnwv, Chaldean Oracles and Theurgy, Excursus XII, p. 5i0, note 5. L'EXPRESSION IIO EPI PASI TI{EOS 205 c'estle datif au sens propre qui explique les valeurs de faveur et, plus encore, d'y'los- tilité qu'atteste la préposition: le sujet tend à un contect, amical ou non) avec I'objet de ses sentiments; de plus, il a développé, dans le même sens, des emplois sivoisins delafinalité etdela consécution quelaprépositionetsonrégimeéquivalent parfois à une véritable proposition subordonnée, finale ou consécutive23. Voici donc comment nous pourrions interpréter les explications de J. Humbert. Nous croyons que, si nous voulions à tout prix distinguer les deux expressions, il semble que le sens du génitif soit porteur ici d'une idée de contact direct et ponctuel. De plus, I'aspect de ce contact proviendrait d'un apport extérieur, d'où I'idée de communication d'un point à un autre. IJexpression qui utilise le datif pourrait alors être porteuse d'une idée de durabilité. La nature de cette durabilité pourrait alors être celle d'un état naturel et permanent, d'où I'idée de communion. Deux exemples tirés de la littérature classique nous semblent bien illustrer ces deux utilisations possibles de la préposition êlrt. @ôerç êæi l, tôv poryôv ( <Tu sacrifies sur les autels> - Xénophon, (< La Mémorables l, 12) Tô êæi rûor toîç oôpoor r<iÀl,oç Banquet 210 A) beauté qui est sur tous les corps ) - Platon, Dans la première édition de sa Syntaxe grecque, ]. Humbert disait que certains auteurs, notamment Platon, passent indifféremment d'un cas à l'autre à quelques lignes de distance. Il précisait alors qu'<en ce qui concernele datif fondé sur le locatif, ce serait de l'artifice que de Ie distinguer rigoureusement, au sens concret, du génitif partitif2a>. Quoi quil en soit, une bonne étude des usages chez les auteurs du premier et deuxième siècle serait certainement en mesure d'apporter des précisions sur cette question. H. Lewy avait aussi souligné que nous retrouvons la même expression à deux reprises dans les fragments de Celse, un auteur du deuxième siècle qui a précédê Porphyre et qui est cité par Origène (Contre Celse, l,24,6 et VII, 15, 2-3) . Ces deux occurrences sont pourtant bien signalées par P. Hadot, ainsi que celle qui est attribuée à Apollonius de Tyane25. P. Hadot propose alors que chez Porphyre < cet emploi insistant, à la suite d'Apollonius de Tyane et de Celse, peut marquer une sorte de fidélité à une tradition de théologie païenne26 >. Nous verrons plus loin que cette hypothèse de tradition théologique païenne ne peut 23. |eanHurrrlxr,Syntaxegrecque,Paris,LibrairieKlincksieck,(3"édition,revueetcorrigée), 1960, p. 308-309. Les mots en gras et en italiques le sont dans le texte de ]. Humbert. 24. lean Huunen! Syntaxe grecque, Paris, Librairie Klincksieck, 1945, p. 304. 25. Piene Heoor, <Fragments d'un commentaire de Porphyre sur le Parménide>,p.434, note 148. 26. Pierre Heoor, (Fragments d'un commentaire de Porphyre sur le Parménide>,p.434, note I49. 2c6 S. CAZELAIS être retenue car Origène emploie sans réserve I'expression avec le datif afin de parler de sa relation avec Dieu par la médiation du Christ. P. Hadot parle de six occurrences sous la plume de Porphyre. En voici la liste: De abstinentia vita Plotini 23, t6 Eusèbe, Pr ép aratio n évangéIique IV s, 1, l-s r31,23 163, 15 176,9 193, 1 Nous croyons pour notre part qu'il faut réduire ce nombre à cinq, et même peut-être à quatre. Une de celle-ci est, certes, contenue dans le De abstinentia de Porphyre. Mais, dans ce cas précis, Porphyre rapporte les paroles d'un Sage, qui n'est nul autre quApollonius de Tyane. Il ne s'agit donc pas dans ce cas d'une originalité porphyrienne, mais de propos rapportés, donc d'un emprunt. Cet extrait du De abstinentia 163,15 est à son tour cité par Eusèbe de Césarée au livre IV 11, I de sa Préparation évangélique. Dans une note, P. Hadot signalait pourtant, à la suite de H. Lewy, cette occurrence comme étant une citation d'Apollonius2T. Il la range malgré tout sur sa iiste de six occurrences chez Porphyre. Voici ce texte: @eQ pèv tQ èri zrôorv, ôç trç ovlp ooQôq ë01, pr1ôèv tôv oioOrlrôv prire 0uprôvteç pf r' eriovopo(ovteç' Au Dieu suprême, comme I'a dit un sage, nous n'offrirons rien de ce qui est sensible, que ce soit fumée des sacrifices ou parole (Préparation fuangélique,Iv, 11, 1z)tu. Cette occurrence n'est donc pas une expression propre de Porphyre. Ce texte, s'il ne cite peut-être pas directement un auteur, s'inspire tout au moins largement d'un < homme sage ), en I'occurrence d'Apollonius. Apollonius est en effet évoqué quelques lignes plus loin par Eusèbe dans sa Préparation évangéIique (IV,12,10-13). IJexpression ô eni æûol 0eôç peut donc ne pas être une spécificité de Porphlre dans ce texte. La deuxième occurrence dite de Porphyre que nous remettons en question se trouve encore une fois sous la plume d'Eusèbe dans la Préparation évangéIique IY,5, 1. Nous y lisons ce qui nous semble être un résumé de doctrines théologiques grecques dans lequel H. Lewy cherche à voir un fragment d'une oeuvre de Porphyre intitulée pour I'occasionla Théologie Hellénique2e. Odlle 27. Pierre Heoor, (Fragments d'un commentaire de Porphl're sur ie Parménide>,p.434, note 146, 28. Tiaduction de Odile ZrNr dans EusÈrr nn CÉsanÉn, La préparation évangélique,llre IV-V I - 1 7 (co11. < Sources Chrétiennes > 262),Paris, Les Éditions du Cerf, 1979. Toutes les citations de cette æuvre sont tirées de ce volume. 29. Hans Lnwr, Chaldean Oracles and Theurgy, Excursus XII, p. 509-512. L'EXPRESSION IlO EPI PASI ?I{EOS 207 Zink, dans ses notes à la Préparation évangéIique, signale que John O'Meara soutient que cette portion de texte serait un fragment du De philosophia ex oraculis, puisque cet ouvrage est cité sous son titre quelques lignes plus loin dans le texte d'Eusèbe.O.Zinkdit aussi qu il est naturel de penser que Porphyre puisse être la source de ce développement, et qu'elle-même est disposée à le croire, mais que rien n'est assuré. Elle écrit que <les critiques se sont demandé quelle pouvait être la source grecque de ce passage et ils ont naturellement pensé à Porphyre30 >. Selon notre lecture de cet extrait, il pourrait s'agir simplement d'un résumé propre à Eusèbe qui explique brièvement des doctrines grecques. En effet, le style particulier d'Eusèbe et sa manière d'introduire des citations sont toujours clairs et dans ce cas précis il ne semble pas introduire une citation. Ce résumé pourrait donc très bien avoir été composé par Eusèbe lui-même. Il vaut Ia peine de citer le début de cette portion de texte en grec afin de voir s'il s'agit vraiment d'une annonce d'une citation d'æuvre, qu elle soit de Porphyre ou d'un autre auteur: Oi pèv ôi tùv èÀl,rlvrrflv OeoÀoyiov eNqrprBrorôreç, ro0' ërepov æopd toùç æpoerpqpévouç r1pîv tpdnov eiç yévr1 ri:rtapa ncivto tôv À6yov ôrorpoôvreç, æpcôcoto nrivttov rôv npôtov aQoptoovteç Oeôv eiôévor gooi toôtov eîvsr tôv eæi nôor æpôtôv re ôvro rsi. ædvt<ov Oeôv æotÉpo te roi poorÀéor. Ceux qui ont une connaissance exacte de la théologie grecque ont encore divisé l'ensemble de sa doctrine en quatre catégories selon une façon de procéder différente de celle dont j'ai parlé: en tout premier lieu, ils distinguent nettement le Dieu suprême; ils savent, disent-ils, que c'est iui qui règne sur toutes choses, lui qui existait avant tous les autres, et qui est le père et le souverain de tous les dieux. (Préparation évangélique, IV 5, 1, 1-5). Nous remarquons tout de suite que I'objet d'Eusèbe n'est pas la doctrine en tant que telle, mais qu il s'agit plutôt pour lui d'expliquer ce qu ont fait ceux qui connaissent Ia théologie grecque, à savoir qu ils I'ont divisée en quatre catégories. Nous voyons donc difficilement pourquoi certains ont voulu I'identifier absolument à un développement ou un fragment tiré d'une æuvre de Porphyre, d'autant plus que ce dernier n'est pas nommé et qu Eusèbe nomme ce philosophe plus que n'importe quel autre auteur dans sa Préparation évangélique. S'il s'agissait là d'un morceau d'inspiration porphyrienne ou encore d'un fragment d'æul're, pourquoi aurait-il gardé le silence dans ce cas bien précis? O. Zink signale par ailleurs qu'outre Porphyre, F. Cumont avait cru voir dans la suite de ce passage des allusions à des idées d'Apulée, de Philon et de Plutarque3l. Certes, ces hypothèses sur les sources exactes d'Eusèbe dans le cas précis de ce 30. OdileZrNrdansEusÈnrosCÉsanÉn,IapréparationévangéIique,livreIV-V,1-17,p.112, note 7. 31 . Odile ZrNr dans EusÈm on CÉsanÉn, La preparation evangélique,livre IV-V, 1- 17, p. 1 13, note 2. 2o8 S. CAZELAIS résumé de théologie grecque sont probablement destinées, dans I'état actuel de la recherche, à demeurer sans réponses, mais P. Hadot afÊrme pourtant que c'est principalement sur la présence de I'expression ô èæi æôor 0edq que H. Lewy avait attribué cette portion de texte à une æuvre de Porphyre. Pour notre part, il nous semble qu il n'est absolument pas certain que ce développement chez Eusèbe soit une citation d'une æuvre de qui que ce soit; il nous semble beaucoup plus, nous I'avons dit, que c'est un résumé général ou une synthèse de théologie grecque, plutôt que des matériaux tirés ou inspirés d'une æuvre précise. Comme nous venons de le dire, nous posons la question à savoir pourquoi Eusèbe aurait cité d'une telle façon un auteur ou une ceuvre qu'il connaît pourtant très bien. Odile Zink penche plutôt pour un extrait inspiré de la Lettre à Anébon ou du De abstinentia32. Voilà encore deux æuvres bien connues d'Eusèbe et nous sommes en droit de poser la question à savoir pourquoi il en parlerait d'une manière aussi vague. Comme nous l'avons dit, selon notre lecture de cette section dela Préparation évangéliqae, il semble bien qu'il s'agit tout simplement d'une explication propre d'Eusèbe qui expose les divisions qu'opèrent les théologiens grecs. À ces extraits que I'ont prétend pouvoir attribuer à Porphyre, il faut ajouter uR autre fragment duPeri thusiôn d'Apollonius de Tyane qui est cité par Eusèbe au chapitre XIII du livre 4 de la Préparation évangëlique IY, 13, l-I4. Lextrait se termine en effet ainsi: Oùroôv rûtà ts0to oùôopôç rQ pey<il"rp roi" ênl. ædvtorv OeQ 0utéov. Voiià donc pourquoi il ne faut d'aucune manière offiir de sacrifice au Dieu suprême (Préparation évangélique, IY 13, 13-14). Cette fois-ci, l'expression est au génitif, comme dans I'expression néotestamentaire. H. Lewy, qui signale cette citation d'Apollonius, était cependant d'avis que c'est Eusèbe lui-même qui avait probablement substitué dans ce cas bien précis le génitif, habituellement utilisé par Eusèbe le chrétien, au datif qui devrait normalement se trouver sous la plume d'un auteur paÏen, en I'occurrence Apollonius de Tyane. H. Lewy a écrit: Eusebius employs constantlythevariant ô eliï ædvt@v (gen.) 0eôç [...] and put the dative only in his quotations from Porphy.ry [. . . ]. Consequently, we may assume that in his quotation from Apollonios ofTyana [...], he replaced the dative [...], by the genitive on his own account33. Mais comme nous I'avons vu plus haut, |ean Humbert signale qu il arrive que certains auteurs, même classiques, passent du datif au génitif d'une phrase 32. OdileZrN<dansEusÈnsnnCÉsenÉr,Iapréparationevangélique,IiweIV-[1-17,p. 113, note 7. 112- 33. Hans Lzwy, Chaldean Oracles and Theurgy, Michel Tenprnu, ed., paris, Études Augustiniennes, 1978, p.510, note 5. L'EXPRESSION I{O ËPI PASI TIIEOS 209 à I'autre avec la préposition eæi, et que la nuance entre les deux cas, génitif et datif, n'était peut-être plus distinguée de certains auteurs. Rien ne peut alors nous autoriser à formuler cette conjecture et à proposer une règle de syntaxe voulant que les paiens aient employé le datif et les chrétiens le génitif avec la préposition èæi lorsqu ils ont voulu qualifier Dieu, ou encore, comme I'a écrit P. Hadot, que l'usage du datif témoignerait de la fidélité à une tradition de théologie païenne3a. En résumé, il ne resterait donc que quatre occurrences de cette expression dans des textes qui sont le reflet du style d'écriture et de la pensée propre de Porphyre.Cestextessontlessuivants: Deabstinentia, I31,23;176,9;l93,Iet Vita Plotini, 23, 16. On retiendra aussi que H. Lewy et P. Hadot connaissent aussi deux occurrences de I'expression utilisant un datif dans des fragments de Celse. Cette seule présence dans l'æuvre de Celse nous aurait pourtant semblé sufÊsante pour remettre en question que, dans 7e Commentaire anonyme sur Ie Parménide, il puisse s'agir d'une marque caractéristique de Porphyre. De nouvelles données Nous venons de passer en revue I'ensemble du dossier tel qu il était présenté par H. Lewy et P. Hadot. En poursuivant notre recherche sur la question, nous avons voulu étudier les occurrences propres à Celse. Aux deux occurrences qui sont signalées par H. Lewy et P. Hadot nous avons été en mesure d'en ajouter deux autres. Mais la chose la plus importante est que nous avons trouvé plusieurs dizaines d'occurrences de cette expression ô éæi ruôor" (datif) 0e6ç dans l'æuvre d'Origène, un phénomène que G. Bechtle avait déjà remarqué3s. Il ne s'agit donc pas d'une expression qui reflète une tradition strictement païenne, mais fort probablement d'une expression théologique courante dès le deuxième siècle et peut-être même antérieurement. Pierre Hadot s'appuyait notamment sur six occurrences de l'expression chez Porphyre pour lui attribuer le Commentaire anonyme sur le Parménide; chez Origène nous en avons recensé plus de quatre-vingts, la majorité d'entre elles dans \e Contre Celse, une æuvre qui daterait des années 244-249. Si on s'appuyait sur une base strictement statistique, il faudrait ainsi attribuer le Commentaire anorryme sur le Parménide à Origène, une attribution que, bien entendu, nous ne ferons pas ! Bien qu'il y ait probablement d'autres occurrences qui aient pu nous échapper, voici une liste de celles que nous avons été en mesure de repérer dans le Contre Celse, dansle Commentaire sur l'évangile de lean et dans le Commentaire sur l'évangile de Matthieu. Nous ajoutons à cette liste quelques occurrences tirées de 7a Philocalie d'Origène qui est une compilation d'extrait de ce dernier 34. Pierre Heoor, note 149. < Fragments d'un commentaire de Porphy're sur ie Parménide>, p. 434, 35. Gerald BEcHrln, The Anotrymous Commentary, p. 248, note 680. 2to S. CÀZELAIS qu'avaient produite Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze. Les références à la Philocalie ont élé tirées du TLtesaurus Linguae Graecae. Elles sont pour la majorité d'entre elles tirées du Contre Celse.Une enquête exhaustive sur toute l'æuvre d'Origène serait probablement en mesure d'ajouter quelques références à cette liste. Il faut signaler que dans la liste suivante les références étoilées du Contre Celse distinguent les citations de Celse, ou les allusions à I'une de ses idées, d'avec les occurrences propres à Origène. Contre Celse 1,9,44 110,26 1,23,29 124,5-6* I,30,16 I 68,41 II,40, 13 III 17,11 III,24, 18 11127,27 III 28, 19 III 31, 18 III III 39, rv 89, 16 lV 93,2s V 4,21 Y 5,6-7 V 6,24 Y 26,27 vII 56, 25 YIII 67, 12-17 vII 67, 10-1M1172,\9 vlI 69, 19-20 VIII 75,25 VII 70, i5 VIII 3, 12 VIII 4,25-28 VIII 6, 5 Philocalie XVII 1,3-6 XUII 1, 4s Y 32,31 V 42,3 V 42,37 Y 43,13 VIII VIII VIII VIII 8, vlIlg, 17 14, 34 17 XVIII 3,3 XIX 2, 6 XIX 3, 14 XX 12,24-25 Comm. ln. 15,1 12,10 13,17-24 17,27-34 XX 16, 16 XX 20,25 II section XXII ll, 19 V 46,t5-16 V s0,7 V 5r,22 vlII VI 48, 3 6 13 VI 52,6t IIr 69,10-17 VI 53, 30-35 11175,26 YI 66,21 III 81,27-30 VI 68,7 IV,4,2-3 VI 71, 16 IV,31, 14 VII 7,8 rv 37,10 vtl 75,2-3t lv 48,26 VII 15,10-i3 rv 53,24 VII 39,48 M5,23-25 VII 49,12 40, 11134,22-26 VI 41,19 llI 37, 7-12 VI 47, 17 VIII26, 17 VIII 27,3-6 Comm. Mat:t. VIII 3i,4 VIII,33, 13-14 XVt 5,54 VIII 35, 15-16* YIII 37, 16 VIII 53, 26 VIII 59, 18 VIII 60, 18 VIII 60, 31 vtII VIII 61,2 64,22 VIII 64,1-11 Il faut ajouter quelques remarques sur cette liste afin de voir ce qu'elle peut nous apprendre au sujet de I'expression qui nous intéresse. Tout d'abord, en plus des citations de Celse, deux de ces extraits sont comptés au nombre des fragments de Chrysippe. Il s'agit de Contre CelseYI4S, 3 (Chrysippe, Fragmenta moralia,248)36 et Contre CelseYI 71, 16 (Chrysippe, Fr. 1061)t. Nous notons en effet que le chapitre 48 du livre VI débute par l'évocation des < Philosophes du Portique>. IJexpression contenue dans le deuxième extrait (VI 71, 16) se trouve, elle aussi, dans un contexte de discussion d'une idée stoicienne. La 36. Stoicorum Veterum Fragmenta, vol. IlI. 37. CnnvsrppE. (2004). (Euvre philosophique, t. IL Textes traduits et commentés par Richard Duroun, Paris, Les Belles Lettres, 2004,p.524-527. Dans l'ouwage classique des SfoicorumVeterum Fragmenta,vol. II, il s'agit du Fr. 1051. L'EXPRESSION IIO EPI PASI T-FIEOS 21t présence de cette expression dans deux extraits oùr sont discutées des idées stoiciennes qui pourraient être attribuées à Chrysippe, donc dès le troisième siècle avant notre ère, montre bien son ancienneté. De plus, si on pense au fragment attribué à Speusippe qui se trouve dans le Commentaire anonpe sur le Pqrménide, une nouvelle piste de recherche s'ouvre quant à I'origine de cette expression. De plus, souvenons-nous que dans le Commentaire anon).rne, une des occurrences (An. In Parm. IV, p. 10, Fol. 92' 11-16) se trouve justement au cæur d'une discussion sur une thèse stolcienne que I'auteur cherche à réfuter' IJexpression prend ainsi un nouveau relief dans le Commentaire anonyme sur le Parménide. Comme nous en avions formulé l'hypothèse plus haut, les occurrences qui se trouvent sous la plume de I'auteur anon).rne du Commentaire sur leParménide ne sont donc peut-être pas dues à son originalité et ne reflètent peut-être pas ses idées propres, ni une particularité de son style, et pourraient bien être un emprunt à des sources antérieures, médio platoniciennes et stoiciennes. Quoi qu'il en soit, une piste est ouverte en ce qui a trait à la recherche sur la réception d'un héritage philosophique antérieur à l'auteur anonyme du Commentaire sur le Pqrménide. Le Dieu au-dessus de tout dans la théologie d'Origène Nous voulons terminer cette discussion en présentant deux exemples qui sont, à notre avis, suffisants pour démontrer solidement que cette expression a été fort répandue bien avant Porphyre et surtout pour montrer qu Origène, un chrétien, n'a pas hésité à I'utiliser pour parler de sa foi, ni pour qualifier le Dieu des chrétiens et pour exprimer que c'est le Christ qui I'a conduit à une telle foi en ce < Dieu suprême "Opo ôè ei >. pl oùt60ev f1 niotrç oôo1 tô ètotvetôv tapïotqorv, ôte æroter3opev êornoùç tQ êæï æâor OeQ, ldprv ôpol,o1oôvteç tQ eiç torcôT4v nfotrv ôô4yr| roi Àéyovteg or)tôv oùr d0eei tô rlltroûtov tetol,plrévor rcri rlvurévor'. Mais vois si cette foi ne s'avère pas louable quand nous nous confions au Dieu suprême, en exprimant notre reconnaissance à Celui qui nous a conduit à une telle foi, en affirmant que ce n'est pas sans l'aide de Dieu quil a osé et accompli une telle entreprise. (Contre Celse III,39, 4-8) Le second exemple que nous voulons présenter est particulièrement intéIl montre qu une expression utilisant le datif et une expression utilisant le génitif sont écrites dans une même phrase. Origène explique qu'il faut faire monter les prières et les demandes vers 1e Dieu suprême (tô èruï æûot OeQ) par la médiation du Souverain Prêtre, c'est-à-dire le Christ, qui est au-dessus des anges (toô êni ædvtrrrv oyyéÀolv oplrepérrlç). ressant. flôosv pèv 1àp ôéqorv roi npooer-l1flv roi ëvteuÇrv roi eùXoprotiov ovanepætéov rQ êæi ndor OeQ ôrà toô éæi ndvtcov oyyéÀrov oplrepéc'lç, èpyô1ou Àôyou rsi Oeoô. 2I2 Car S' CAZELAIS il faut faire remonter toute demande, prière, supplication et action de grâce vers le Dieu suprême par le Souverain Prêtre qui est au-dessus de tous les anges, Logos vivant et Dieu. (Contre CelseY,4, 19-21) Conclusions Porphyre emploie l'expression ô ëæi ruûor 0eôç, mais ii n'est ni le premier, ni ]e seul, ni même le dernier à I'avoir utilisée' En effet, nous n'avons pas discuté, dans cet article, des occurrences signalées par H. Lewy et P. Hadot chez Synésius el chez I'empereur Julien, deux auteurs qui sont postérieurs à Porphyre. Nous avons été à même de constater qu'à la fin du deuxième siècle, Celse I'emploie et qu'au milieu du troisième siècle Origène I'utilise abondamment, autant pour rapporter une position de Celse et des stoiciens que pour exprimer sa propre foi en Dieu. Dans deux cas, chez Origène, il s'agit nettement de doctrines stoÏciennes qui sont discutées, au point oir ies éditeurs modernes des fragments de Chrysippe ont compté ces extraits au nombre des fragments de ce philosophe. Même Porphl're qui I'emploie au troisième siècle semble l'avoir, dans au moins un trouvé chez Apollonius de Tyane. Dans le Commentaire anonyme sur le Parménide nous avons vu que I'auteur emploie à trois reprises l'expression, mais que dans un cas précis il semble rapporter une doctrine de Speusippe et que, dans un autre cas, il cherche à invalider une idée stolcienne. Or, justement, nous avons vu qu'il est plus que cas, probable qu'un auteur stoicien ait utilisé I'expression, en l'occurrence, Chrysippe. Il est alors peu probable que ces deux emplois dans Ie Commentaire anonyme manifestent une habitude littéraire ou doctrinale particulière de son auteur, que ce dernier soit Porphyre ou qui que ce soit d'autre. Dans les circonstances, il semble que rien n'autorise à supposer qu'il s'agisse d'une signature ou d'une caractéristique de style ou d'un trait doctrinal de Porphyre, ni même de la marque caractéristique d'aucun auteur précis. Tout au plus pourrait-on situer I'origine de I'expression en contexte médio platonicien et stoÏcien, une expression qu a reçue le néoplatonicien Porphyre mais aussi le chrétien Origène. Il s'agit probablement d'une expression courante utilisée à l'époque impériale pour qualifier la divinité et elle ne fut exclusive à aucun courant théologique. En d'autres mots, les auteurs d'époque impériale ne I'ont pas inventée, ils en ont hérité du moyen platonisme et du stolcisme. Nous ajoutons à cette conclusion qu'il s'agit d'un cas extraordinaire qui témoigne des contacts que devaient avoir les platoniciens et les chrétiens qui discutaient, échangeaient et adaptaient leur vocabulaire théologique afin d'être compris les uns des autres. St. Thomas University, Fredericton New Brunswick L'EXPRESSION IIO EPI PASI TI{EOS 213 Bibliographie Gerald BBcnrrr (1999), The Anonymous Commentary on Plato's <Parmenides>,Bern- Stuttgart-Wien, Verlag Paul Haupt. Cnnysrppn (2004). (Euvre philosophique, t. II. Textes traduits et commentés par Richard Duroun, Paris, Les Belles Lettres. Kevin Connrce.N (2000), <The Anonymous Commentarlz on the Parmenidest Middle or Neoplatonic ? >, John D. TunNBn and Ruth Melrncr<, ed, Gnosticism and Later Platonism, Atlanta, Society of Biblical Literature, p.l4l-177. Pierre Heoor (1961), <Fragments d'un commentaire de Porphyre sur le Parménide>, Revue des études grecques,74,p.410-438. [Reproduit dans Pierre Hepo:r (1999), Plotin, Porphyre: É,tudes néoplatoniciennes,Paris, Les Belles Lettres, p.251-316.) Pierre H,toor (1968), < dans Porphyre et Victorinus,2 tomes, Paris, Études Augusti- niennes. Pierre He.oor ( 1996), tales 9, p. Porphyre et Victorinus : Questions et hypothèses >, Res Orien- I\5-125. Jean Hurrrnrnr (1t,4), Syntaxe grecque, Paris, Librairie Klincksieck. ]ean Huunnnr (196o), Syntaxe grecque, Paris, Librairie Klincksieck, (3' édition, rer,'ue et corrigée). Hans LBwv (1978) Chaldean Oracles and Theurgy, Michel Tenpreu, ed., Paris, Études Augustiniennes. I à 5, introduction, texte critique, introduction et notes par Marcel BonnEr (coll. <Sources Chrétiennes > 132;136;147;150;227),Paris, Éditions du Cerf B. PnvnoN. (1873), <Notizia d'un antico evangeliaro bobbiese che in alcuni fogli palimpsesti contiene frammenti d'un greco trattato di filosofra>, Rivista di fiIologia, OnrcÈNn, Contre Celse, tomes l, p. 53-7I. StoicorumVeterum Fragmenta, vol. I Teubner, 1964. - IV collegit IolNNes An AnNru, Stuttgart, B. G. L. TenÂN. (1981) Speusippus of Athens, Leiden, E. J. Brill. fohn D. TunNsn. (2001), Sethian Gnosticism and the Platonic Tradition, (Bibliothèque copte de Nag Hammadi, section n Études n 6), Québec, Louvain et Paris, Les Presses de I'Université Laval, Éditions Peeters. W. Knor.r., (1892), <Ein neuplatonisher Parmenideskommentar in einem Turiner Palimpsest >, Rheini s che s Mus e um, 47, p. 599 - 627 . Marco ZerurnoN, Porphyre et le moyen-platonisme, Paris, Vrin, 2002. Odile ZrNr, (1979), EusÈnr nr CÉsenÉe, La préparation évangélique,liwe IV-V 1-17 (coll. <Sources Chrétiennes > 262), Paris, Les Éditions du Cerf. 214 S. CAZELAIS SOMMAIRE En 1961, Pierre Hadot, s'appuyant sur des structures conceptuelles et des éléments philologiques, notamment l'expression <ô afii. æûorv 0eôç>, attribuait à Porphl're des fragments anonymes d'un Commentaire sur Ie Parménide. Si des travaux récents ont remis en question I'attribution à Porphyre sur des bases doctrinales, la présence de I'expression oô êæi æôorv 0eôç> convainc encore certains chercheurs. Le présent article montre que cette expression n'a rien de spécifrque à Porphyre, ni même à l'auteur anonyme dt Commentaire sur Ie Parménide et qu elle se trouve plusieurs dizaines de fois chez Origène. Il s'agit probablement d'une expression courante qui remonte aux premiers héritiers de Platon et qui fut transmise à la théologie d'Empire par les stoïciens et les médio platoniciens. SUMMARY In 1961, Pierre Hadot claimed, on the basis of doctrinal structures and philological features, that Porphyrywas the author of some fragments of a Commentary on the Parmenides. One of the philological features used in his argument is the Greek expression "ô èæi nûorv 0eôç." Recent scholarly works question this attribution by a new examination of the doctrine of the anonymous Commentary. While the presence of the expression "ô èrti æûorv 0eôç" is still weighting for a few scholars, this paper shows that the expression is in no way specific ofPorphyry. It arises more than eighty times in Origenes works. It is probably a common expression that goes far back to Plato's successor and that might have been transmitted to Imperial theology through Stoic and Medioplatonic philosophy.
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